Les arrivées de demandeurs d'asile tchétchènes en Pologne ralentissent

Articles d'actualité, 3 avril 2008

© HCR/B.Szandelszky
Des réfugiés tchétchènes apprennent le polonais dans un centre de réception. Les Tchétchènes qui arrivent en Pologne commencent à réaliser qu'ils ne peuvent pas rejoindre librement d'autres pays de l'Union européenne.

VARSOVIE, Pologne, 3 avril (UNHCR) Le nombre de demandeurs d'asile arrivant en Pologne s'est ralenti, ainsi que celui de ceux rejoignant ensuite des pays voisins. Apparemment le message, selon lequel l'accession de la Pologne à l'espace Schengen ne signifie pas pour autant une totale liberté de mouvement en Europe, a été compris.

Après l'augmentation des statistiques des arrivées, allant de 335 en juillet dernier à 1 148 en novembre et 2 275 en décembre, le nombre de demandeurs d'asile arrivant en Pologne, la plupart depuis la Tchétchénie ou l'Ingouchie en Fédération de Russie, a baissé à une moyenne de 300 par mois depuis le début de l'année, selon les chiffres du gouvernement.

L'agence des Nations Unies pour les réfugiés a aussi noté un ralentissement en janvier dans le nombre des demandeurs d'asile arrêtés dans les pays voisins et expulsés vers la Pologne, le premier pays qu'ils avaient officiellement traversé à leur arrivée dans l'Union européenne (UE). Les chiffres pour ce type de déplacement ont aussi baissé.

Les études menées par l'UNHCR ont déterminé que le nombre élevé d'arrivées en Pologne puis les mouvements depuis ce pays vers d'autres Etats membres de l'UE reflétait l'idée fausse largement répandue parmi les réfugiés et les demandeurs d'asile sur la liberté de mouvement au sein de l'espace Schengen de libre circulation rejoint par la Pologne et huit autres pays le 21 décembre dernier.

De nombreuses personnes arrivées en Pologne depuis des pays de l'est en novembre et en décembre craignaient qu'elles ne pourraient plus rejoindre ce pays une fois qu'il aurait signé le traité d'adhésion à l'espace Schengen. Par ailleurs, les réfugiés et les demandeurs d'asile qui se trouvaient déjà en Pologne pensaient qu'être dans un Etat faisant partie de l'espace Schengen signifiait qu'ils pouvaient se déplacer librement dans l'Union européenne et travailler où ils voulaient.

« Les gens sont persuadés qu'en plus de traverser les frontières sans passeport, ils peuvent aussi s'installer et travailler où ils veulent au sein de l'espace Schengen », avait alors indiqué Lloyd Dakin, le délégué régional de l'UNHCR.

Les personnes reconnues en tant que réfugiés dans les neuf nouveaux Etats membres de l'espace Schengen peuvent traverser les frontières, mais elles ne sont pas autorisées à rester dans d'autres Etats membres plus de 90 jours. De même, elles ne peuvent pas travailler dans d'autres Etats membres sans permis de résidence et de travail. Elles ont besoin de visas pour le Royaume-Uni et l'Irlande, des Etats qui ne font pas partie de l'espace Schengen.

L'UNHCR a produit un dépliant d'information dans 17 langues afin de combattre les idées fausses sur Schengen, et qui aurait contribué à réduire le flot d'arrivées en Pologne depuis décembre dernier.

Certains ont malheureusement fait cet apprentissage à leurs dépens et le récit de leurs expériences circule auprès des autres réfugiés et demandeurs d'asile. « Nous ne savions pas qu'il était illégal de continuer à se déplacer », explique Madina, une requérante d'asile tchétchène qui a franchi la frontière russe quelques jours avant que la Pologne ne rejoigne l'espace Schengen.

Madina et sa famille de quatre personnes ont voyagé jusqu'en Allemagne le 30 décembre, avec l'espoir de rejoindre la France. « Nous n'avons pas de contact sur place, mais nous espérions que mon mari pourrait terminer ses études et nous pensions que ce serait un bon pays pour nous », a-t-elle raconté.

Leur périple s'est interrompu de manière aussi tragique que traumatisante à quelque 10 kilomètres à l'intérieur du territoire allemand, lorsqu'ils ont été interceptés par la police. Madina et son époux ont été séparés de leurs enfants et détenus pendant deux jours, avant que la famille ne soit finalement réunie dans un centre d'accueil.

Un mois plus tard ils sont rentrés en Pologne, en application du règlement de l'Union européenne Dublin II, qui a pour but d'empêcher les requérants d'asile de déposer des demandes dans plusieurs Etats membres. De manière générale il exige que les personnes demandant l'asile déposent leurs requêtes dans l'Etat sur le territoire duquel elles sont entrées en premier lieu, et que celles-ci soient renvoyées sur place si elles se trouvent ailleurs au sein de l'Union européenne.

Avec l'exemple de personnes comme Madina sous les yeux, des requérants tchétchènes ont commencé à comprendre qu'ils doivent envisager leur avenir en Pologne.

Ismail est l'un d'entre eux. Couvreur de profession, il cherche désespérément un emploi en Pologne pour subvenir à ses besoins ainsi qu'à ceux de sa femme et de leurs six enfants. Cela lui est difficile car ses demandes d'asile ont été rejetées à trois reprises et il ne peut pas travailler légalement.

« Je vis ici aux frais de l'Etat polonais. Ce n'est pas ce que je souhaite. Donnez-moi un travail et laissez-moi gagner de quoi faire vivre ma famille », dit-il. Ismail et d'autres Tchétchènes avec lesquels l'UNHCR s'est entretenu dans un centre d'accueil de Varsovie, situé dans la rue de l'improvisation, en banlieue, envisagent leurs perspectives d'intégration avec pessimisme.

Hiromitsu Mori, délégué de l'UNHCR en Pologne, conçoit leur avenir sous un jour plus positif. « A partir de mai, les personnes bénéficiant d'une protection subsidiaire pourront bénéficier des projets d'intégration gouvernementaux et des mêmes droits que les réfugiés reconnus », explique-t-elle, avant d'ajouter que la vie de plusieurs milliers de Tchétchènes présents en Pologne devrait être facilitée grâce aux nouvelles compétences linguistiques et professionnelles acquises.

Par Melita H. Sunjic à Varsovie, Pologne

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Ingouchie

Lorsque le conflit a éclaté entre troupes gouvernementales et forces rebelles en Tchétchénie, en 1999, plus de 200 000 personnes ont fui, la plupart vers l'Ingouchie voisine. En décembre 2003, quelque 62 000 déplacés internes de Tchétchénie s'entassaient encore dans des installations temporaires ou des logements privés. Ceux qui vivaient dans les installations temporaires étaient continuellement menacés d'expulsion par des propriétaires désireux de récupérer leurs bâtiments.

Environ 7900 autres Tchétchènes et Ingouches déplacés de Tchétchénie vivaient en outre dans les camps de Satsita, Sputnik et Bart.

Les autorités russes ne cessaient d'appeler à la fermeture des camps et au retour des personnes déplacées de Tchétchénie. Trois camps avaient fermé au cours de 2003 - le camp Iman à Aki Yurt, le camp B " Bella " et le camp A " Alina ", les trois autres ont fermé entre mars et juin 2004. Il n'est resté, aux 52 000 déplacés qui ne voulaient pas retourner en Tchétchénie, que l'option de se trouver un abri dans des installations temporaires en Ingouchie ou dans des logements privés.

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