Entre espoir et crainte, des réfugiés du Bhoutan à l'aube d'une nouvelle vie

Articles d'actualité, 25 mars 2008

© HCR/V.Tan
Avant de partir pour les Etats-Unis, une réfugiée salue ses amis et ses proches dans le camp de Sanischare, à l'est du Népal.

DAMAK, Népal, 25 mars (UNHCR) Plus de 100 réfugiés du Bhoutan ont quitté ce week-end leurs camps au Népal vers les Etats-Unis, marquant ainsi le début de l'une des plus importantes opérations de réinstallation au monde.

Le transfert de réfugiés survenu ce week-end vers la capitale népalaise, Katmandou, a été le plus important depuis le début de l'opération de réinstallation en novembre 2007. Depuis Katmandou, ces personnes rejoindront cette semaine, par des vols internationaux, différentes villes américaines.

Plus de 107 000 réfugiés du Bhoutan habitent dans sept camps dans l'est du Népal, depuis qu'ils ont fui des tensions ethniques au Bhoutan survenues au début des années 90. Depuis 17 ans, ils ont attendu en vain l'opportunité de rentrer chez eux, et ils ont ressenti une grande frustration après 15 tours de pourparlers infructueux sur le rapatriement entre le Népal et le Bhoutan.

« Nous avons choisi la réinstallation car il n'y avait pas d'autre alternative », a expliqué Jay Narayan Adhikari, âgé de 37 ans, qui appartient au premier groupe ayant quitté le camp de Sanischare. Les pourparlers entre le Népal et le Bhoutan n'ont produit aucun résultat. »

Sa femme Sita, âgée de 33 ans, a exprimé son inquiétude à propos de leur départ « Etats-Unis, Etats-Unis, tout le monde n'a que ce mot à la bouche, mais je ne connais pas grand-chose de ce pays. C'est seulement pour les enfants que nous avons pris la décision de partir. »

Jamuna, leur fille aînée de 16 ans, pouvait à peine cacher sa joie. « Je suis en seconde et je n'ai jamais vu un ordinateur. C'est gênant dans notre monde moderne. Ce que nous apprenons ici à l'école, c'est seulement la théorie, alors je voudrais partir aux Etats-Unis pour continuer mes études. »

Quelques rues plus loin, les rôles sont inversés. Les membres de la famille Bajgai vont devoir voyager séparément à cause de leur grand nombre. Chandra Lal Bajgai, âgé de 24 ans, va d'abord partir avec ses deux sœurs, puis le reste de la famille suivra plus tard. Les filles sont en larmes en préparant leurs bagages, et leur mère les console : « Pourquoi pleurez-vous ? De toutes façons nous n'avons rien ici. Nous vous rejoindrons bientôt, là-bas notre avenir sera meilleur. »

Le jour du départ, les familles sont sorties de leurs huttes avec les yeux bouffis et des sourires las. Elles sont rejointes par des amis et des voisins, alors qu'elles chargent leurs bagages dans un pick-up, au point de ramassage depuis lequel elles seront transportées vers l'aéroport le plus proche. La foule grandit et compte plus de 2 000 personnes, tous sont venus leur faire leurs adieux.

Depuis l'aéroport de Bhadrapur à l'est du Népal, les familles ont rejoint Katmandou, où elles ont été hébergées au centre de transit de l'Organisation internationale pour les migrations, avant de se rendre aux Etats-Unis par avion.

« Je n'ai pas dormi la nuit dernière. Je pleurais et je tremblais, j'étais inquiète pour ma famille restée au camp », a indiqué Sita Adhikari avant d'embarquer dimanche dans un avion qui l'emmenait dans l'Etat d'Arizona. En dépit de ses inquiétudes, elle a déjà commencé à s'adapter à sa nouvelle vie, en remplaçant sa tenue traditionnelle shalwar kameez par un jean et une chemise, ainsi que des lunettes de soleil.

Malgré les incertitudes chacun a eu un moment de recul avant d'emprunter l'escalator à l'aéroport pour la première fois de sa vie chaque étape les rapprochent de leur nouvelle vie, avec de nouvelles aventures et d'autres opportunités.

Plus de 200 réfugiés du Bhoutan devraient quitter le Népal avant la fin du mois de mars et plus de 10 000 autres avant la fin de l'année vers des pays de réinstallation comme les Etats-Unis, le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Danemark, les Pays-Bas et la Norvège.

Au total, quelque 25 000 réfugiés se sont déjà enregistrés pour la réinstallation. L'agence des Nations Unies pour les réfugiés a soumis plus de 12 000 dossiers de candidature dans des pays de réinstallation, principalement les Etats-Unis. Davantage de réfugiés devraient encore se décider pour la réinstallation après avoir reçu des nouvelles des premiers groupes arrivés dans leurs nouveaux foyers.

Par Vivian Tan à Damak et Kathmandou, Népal

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