Questions/Réponses : Eloges et prix pour un film saisissant sur la migration

Articles d'actualité, 7 décembre 2007

© HCR/A.Cantos
Le réalisateur espagnol Gerardo Olivares en train de filmer dans le désert du Ténéré, au Niger.

MADRID, Espagne, 7 décembre (UNHCR) Le réalisateur espagnol Gerardo Olivares a récemment reçu le prix Golden Spike au Festival international de cinéma de Valladolid pour son dernier film, « 14 kilomètres ». C'était la première fois qu'un metteur en scène espagnol remportait cette prestigieuse récompense. Le film raconte l'histoire difficile de migrants africains qui tentent de rejoindre l'Espagne, et le terrible voyage que nombre d'entre eux sont prêts à endurer afin de trouver la sécurité et de meilleures conditions économiques en Europe. Il s'agit d'un thème important pour l'UNHCR, qui organise le 11 et 12 décembre à Genève, une rencontre de haut niveau sur les défis et dilemmes liés à la protection des réfugiés dans le contexte actuel des flux migratoires. Gerardo Olivares a été récemment interviewé sur son film par Francesca Fontanini, chargée des relations externes à l'UNHCR. Voici quelques extraits de l'interview :

Pourquoi votre film s'appelle-t-il « 14 kilomètres » ?

J'avais en tête une vingtaine de titres pour ce film et j'ai fini par opter pour « A la poursuite d'un rêve. » Puis, un soir, j'écoutais la radio et j'ai entendu que 22 boat people avaient été repérés en mer Méditerranée, au large des côtes d'Almería, au sud-est de l'Espagne. Le journaliste disait que ces personnes avaient été retrouvées plus loin des côtes que les 14 kilomètres qui séparent l'Afrique de l'Europe, au niveau du détroit de Gibraltar. Lorsque j'ai entendu ça, j'ai su quel titre donner à mon film.

Avez-vous mené des recherches avant le tournage ?

J'ai beaucoup voyagé en Afrique, un continent que je connais assez bien et qui continue à me fasciner. En 1994, j'ai voyagé de Tanger jusqu'au Cap, traversant la région du Sahara et visitant beaucoup d'autres parties de l'Afrique pendant un an et demi. Mais l'idée du film m'est venue lors d'un voyage en 2003, quand je me suis rendu au Niger pour tourner un documentaire sur les caravanes du sel traversant le désert du Ténéré. Dans les montagnes de l'Aïr, j'ai rejoint un groupe de Touaregs, qui traverse le désert chaque année pour atteindre les mines de sel de Fachi. Un jour, nous avons croisé deux énormes camions transportant, en plus de leurs cargaisons, une centaine de personnes originaires d'Afrique sub-saharienne. Les Touaregs m'ont dit qu'ils tentaient de gagner l'Europe par la Libye.

Une fois arrivé à Agadez, dans le nord du Niger, j'ai appris que cette ville était l'un des centres les plus importants le long des routes migratoires (de l'Afrique sub-saharienne). De gros camions en partent en direction de la Libye et de l'Algérie. Les gens que j'ai rencontré m'ont aussi raconté qu'une fois, un camion était parti dans le désert, depuis Agadez, mais qu'on n'en avait plus jamais retrouvé la trace ; que des personnes tombaient des camions la nuit en plein désert et mouraient ensuite de soif ; ils m'ont aussi parlé des bandits et des tempêtes de sable des histoires tragiques que l'on ne peut raconter que si on les a vécues. C'est sur elles que se base mon film.

Quel message souhaitiez-vous faire passer grâce à votre film ?

Je ne souhaitais pas véhiculer un message en particulier. Je voulais simplement parler d'un problème dont les gens n'ont pas conscience ou pour lequel ils n'ont pas grand intérêt. Quelques personnes, qui ont vu le film, disent que leur opinion sur les Africains sub-sahariens a changé ; maintenant ils comprennent mieux leurs difficultés, leurs souffrances et ce à quoi ils tentent d'échapper. C'est très gratifiant pour moi.

En Europe, nous voyons la fin de leur périple : des images télévisées montrant des gens qui arrivent à bout de forces sur les plages. Vous montrez leur voyage dans sa totalité. Pourquoi ?

Ce film va au-delà des informations quotidiennes, qui montrent seulement la partie émergée de l'iceberg qu'est cette immense tragédie. Les chaînes de télévision diffusent des séries d'images qui semblent faire le portrait des immigrants arrivant sur les côtes espagnoles comme des envahisseurs. Les gens finissent par devenir insensibles devant les images télévisées montrant sans cesse des Africains déshydratés et à bout de forces, arrivant dans de petits bateaux. De plus, ces images ne montrent que la fin d'un voyage, qui peut durer des mois, voire même des années. Leur périple ne consiste pas seulement à traverser le détroit de Gibraltar ; il commence à des milliers de kilomètres de là, dans des pays comme le Nigéria, le Cameroun, la Côte d'Ivoire ou le Mali.

Votre film est si réaliste qu'il pourrait presque être un documentaire.

Plusieurs personnes ont en effet cru que c'était un documentaire. Les acteurs ne sont pas des professionnels. La réalité et la fiction s'entremêlent dans les histoires des trois principaux personnages, Buba, Mukela et Violeta. Ils traversent les frontières illégalement, ils contactent des passeurs, ils traversent le dangereux désert du Ténéré et, à la fin, ils se retrouvent dans l'Atlantique sur une petite patera (barque de pêcheur). Je voulais entrer dans les rêves de mes personnages. Mais la réalité est bien pire. J'ai créé une histoire fictive basée sur quelques faits réels.

Quatorze kilomètres séparent des millions d'Africains de leur rêve. C'est à la fois si peu et si lointain.

Oui, c'est incroyable qu'une si courte distance puisse diviser deux mondes, deux cultures, deux peuples complètement différents. Quatorze kilomètres, c'est la distance qui sépare l'Afrique de l'Europe ; c'est aussi la barrière qui sépare les millions d'Africains de leur rêve. Ils voient l'Ouest comme la seule façon d'échapper à la faim, à la pauvreté et à la persécution. Ce film est un hommage à ceux qui ont gagné et à ceux qui ont échoué, à ceux qui ont survécu et à ceux qui sont morts lors de cette tentative.

Des criminels sans scrupule tirent bénéfice de ces flux de migrants, parmi lesquels se trouvent des réfugiés. Faites-vous une description de ces trafiquants d'êtres humains dans le film ?

Oui, certains passages du film illustrent cet aspect. Les trois personnages principaux, deux frères et une jeune fille, sont transportés dans des conditions difficiles, du fait du manque d'espace qu'ils doivent partager avec du bétail et des marchandises. Le réseau mafieux de trafiquants opère comme une agence de voyage pour les gens qui veulent se rendre illégalement dans un pays. De nombreuses jeunes filles doivent se prostituer car elles n'ont plus d'argent, avant même d'atteindre les côtes de l'Afrique du Nord.

Pourquoi les gens entreprennent-ils des voyages si risqués et endurent-ils tant de souffrances ?

Car ils n'ont rien à perdre. Si j'étais à leur place, je ferais probablement la même chose. Certains, à mon sens, ne savent même pas ce à quoi ils s'exposent. Ils partent, inconscients des dangers, après avoir vu les photos d'un ancien voisin devant sa maison flambant neuve en Europe.

Que pensez-vous des efforts entrepris pour endiguer le flux, comme les patrouilles maritimes et aériennes ?

Nous devrions toujours nous rappeler que l'Espagne est un pays de migration ; nous avons oublié notre histoire. Le système des patrouilles au niveau national et européen, ainsi que les campagnes de prévention dans les pays d'origine, ne vont pas arrêter ce phénomène. Les gens continueront à venir en grand nombre. Les problèmes africains ne peuvent pas être résolus par un grillage autour de Melilla [enclave espagnole en Afrique du Nord]. La communauté européenne devrait commencer à réaliser que l'Afrique vit un réel drame. Le continent est en train de perdre son avenir des jeunes gens pleins d'énergie, intelligents et doués de compétentes professionnelles.... Il faudrait investir sur place et réduire la corruption.... Cet exode est inexorable....

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Repérés au large des îles Canaries

Malgré des dangers considérables, des migrants en quête d'un avenir meilleur, et des réfugiés fuyant la guerre et les persécutions, continuent à embarquer dans des bateaux de fortune pour des traversées en haute mer. L'un des principaux itinéraires vers l'Europe part de l'ouest de l'Afrique vers l'archipel des Canaries, un territoire espagnol.

Avant 2006, la plupart des migrants irréguliers, empruntant cet itinéraire sur l'océan Atlantique, embarquaient sur des pateras, des bateaux pouvant transporter jusqu'à 20 personnes. Les pateras partaient en majorité depuis le Maroc et le Territoire du Sahara occidental, pour une traversée d'une demi-journée. Les pateras ont été remplacés par des bateaux plus importants appelés des cayucos, qui peuvent transporter jusqu'à 150 personnes. Les cayucos partent depuis des ports situés dans des pays d'Afrique de l'Ouest comme la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Sénégal ou la Sierra Leone. Ils prennent plus de trois semaines pour atteindre les Canaries.

Parmi les 32 000 personnes arrivées dans les îles Canaries, seule une petite proportion d'entre elles (359 personnes) ont demandé l'asile en 2006. En 2007, plus de 500 demandes d'asile ont été déposées aux îles Canaries. Ce chiffre est particulièrement significatif, étant donnée la diminution de 75 pour cent de nombre global des arrivées par la mer en 2007.

Repérés au large des îles Canaries

Un adolescent en exil

Comme tous les pères avec leurs fils, Fewaz et Malak ont parfois du mal à coexister. Une nouvelle coupe de cheveux et une cigarette en cachette peuvent déjà créer des tensions dans le petit appartement qui est leur chez-soi. Malgré cela, un lien puissant les unit : ces réfugiés syriens ont été bloqués pendant près d'un an dans un quartier pauvre d'Athènes.

Ils avaient auparavant fui leur maison avec le reste de la famille durant l'été 2012, après que la guerre ait commencé à tourmenter leur paisible vie. Depuis la Turquie, ils avaient tenté plusieurs fois la traversée périlleuse pour entrer en Grèce.

Malak, treize ans, a été le premier à passer la frontière marquée par le fleuve Evros. Mais Fewaz, sa femme et leurs deux autres enfants n'ont pas eu cette chance en mer. Ils avaient remis toutes leurs économies d'une vie pour tenter la traversée périlleuse de la Méditerranée. Ils ont été refoulés par les gardes-côtes grecs.

Lors de leur sixième tentative, le reste de la famille a traversé la frontière et le fleuve Evros. Sa femme et ses deux enfants ont rejoint l'Allemagne, mais Fewaz est parti vers Athènes pour retrouver Malak.

«Quand j'ai enfin vu mon père à Athènes, les mots ne suffisent pas pour décrire ma joie », dit Malak. Cependant, l'adolescent était hanté par le fait de perdre à nouveau son père. « Je crains que mon père soit arrêté, que ferais-je sans lui ? »

Jusqu'au regroupement de la famille, Malak et son père restent ensemble et se serrent les coudes. Le garçon apprend à se débrouiller en grec. Et Fewaz commence à s'habituer à la coupe de cheveux de son fils.

Un adolescent en exil

Sauvetage en mer

L'été, avec son beau temps et une mer plus calme, est souvent le théâtre d'une hausse du nombre de personnes risquant leur vie pour traverser la Méditerranée et demander l'asile en Europe. Cette année, les chiffres ont toutefois augmenté dans une proportion stupéfiante. En juin, les opérations de recherche et de sauvetage Mare Nostrum ont permis de retrouver des passagers désespérés au nombre de plus de 750 par jour.

A la fin juin, le photographe du HCR Alfredo D'Amato est monté à bord du San Giorgio, un bâtiment prenant part au volet italien de l'opération navale, afin de recueillir des informations sur le processus de sauvetage - y compris depuis la première observation de bateaux à partir d'un hélicoptère militaire, le transfert des passagers vers de petits bateaux de sauvetage puis le vaisseau de la marine et, enfin, leur retour sur la terre ferme dans les Pouilles, en Italie.

Le 28 juin en l'espace de six heures seulement, l'équipage a porté secours à 1 171 personnes qui se trouvaient à bord de quatre embarcations surchargées. Plus de la moitié sont originaires de la Syrie déchirée par la guerre, avec, pour la plupart, des familles et de grands groupes. D'autres arrivent depuis l'Erythrée, le Soudan, le Pakistan, le Bangladesh, la Somalie et au-delà. Les photos de A. D'Amato et les interviews qui les accompagnent mettent en lumière la vie de ces personnes dont la situation, dans leur pays, était devenue précaire au point de mettre leur vie en péril.

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L'année dernière, plus de 13 000 personnes sont arrivées à Lampedusa en Italie. Beaucoup d'autres sont mortes durant la tentative de traversée. De jeunes hommes originaires du continent africain aux familles syriennes…. Tous partagent le même rêve…. de sécurité et de stabilité en Europe.
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Mojahed est finalement arrivé en Grèce après un voyage long et périlleux depuis son village natal au Darfour, au Soudan. Mais les conditions de vie à Patras sont épouvantables.