Le potentiel des demandeurs d'asile zimbabwéens impressionne le HCR

Articles d'actualité, 21 novembre 2007

© HCR/P.Rulashe
Rutendo Mutopa, demandeur d'asile zimbabwéenne, coiffe l'une de ses clientes régulières.

PORT ELISABETH, Afrique du Sud, 21 novembre (UNHCR) Chaque client arrivant au salon de coiffure de Rutendo Mutopa peut s'attendre à un accueil chaleureux, avec un travail efficace et professionnel, en application de la règle simple selon laquelle un client satisfait est un client fidélisé. La survie de sa famille au Zimbabwe en dépend. Elle a fui, en avril 2006, la détérioration de la situation politique et économique sévissant dans son pays. Chacun de ses clients lui assure que ses deux enfants et sa famille restés au pays ne vont pas connaître la faim.

Rutendo Mutopa vit dans le bidonville de Walmer à Port Elizabeth, tout comme près d'un millier de demandeurs d'asile zimbabwéens. On compte quelque 28 000 bidonvilles à travers toute l'Afrique du Sud. Les abris délabrés et les maisons faites de bric et de broc s'entassent pêle-mêle, hors de la vue de la banlieue chic de Walmer, où nombre de demandeurs d'asile travaillent en tant que domestiques, gardes d'enfants ou jardiniers pour un maigre salaire de 30 rands (4,50 dollars) par jour.

« A l'arrivée ici, nous payons une cotisation de 20 rands aux agences pour l'emploi afin qu'elles nous aident à trouver du travail », explique Rutendo Mutopa. « De nombreux employeurs demandent spécifiquement des Zimbabwéens, car aucun Sud-Africain ne veut d'un emploi payé 30 rands. Nous sommes affreusement exploités », continue-t-elle. Elle se rappelle la période, peu après son arrivée, quand, huit mois durant, elle était employée au nettoyage d'un club de gymnastique de cinq heures du matin à 19 heures, six jours par semaine pour un salaire mensuel de 1 200 rands.

Rutendo Mutopa fait partie d'un groupe de demandeurs d'asile zimbabwéens que les employés de l'UNHCR en Afrique du Sud rencontrent dans le cadre du projet de l'intégration des critères d'âge, de genre et de diversité (AGDM). Par cette initiative, l'agence s'engage auprès des personnes relevant de sa compétence à les aider à évaluer les risques encourus en protection et à trouver si possible des solutions à leurs problèmes.

C'est par désespoir et pour pouvoir venir en aide leurs familles restées au pays que la plupart des compatriotes de Rutendo Mutopa doivent accepter ces emplois, sans autre solution, tout particulièrement à leur arrivée. Pour ceux qui refusent d'être exploités, la seule autre option est la création d'une petite affaire, un choix que Rutendo Mutopa ne regrette en rien.

Avec le flux régulier des clientes du quartier, Rutendo Mutopa gagne un petit salaire, tout spécialement le week-end et à la fin du mois, qui lui permet de payer son loyer et d'autres dépenses nécessaires.

« Le potentiel des réfugiés de Port Elizabeth est vraiment impressionnant, en comparaison d'autres régions du pays », a indiqué Monique Ekoko, chargé de protection de l'UNHCR et responsable de l'équipe menant le projet AGDM.

« Quand nous avons fait la connaissance de ces Zimbabwéens, aucun d'entre eux n'avait la main tendue, demandant l'aumône. Ils avaient tous déjà entrepris quelque chose par eux-mêmes, alors ceux que nous avons réunis ici sont quelques rares cas qui ont besoin d'une aide matérielle. »

Les demandeurs d'asile zimbabwéens font face aux mêmes problèmes et aux mêmes difficultés que les réfugiés originaires de la Somalie, de l'Ethiopie et de la République démocratique du Congo, particulièrement le manque d'accès aux documents d'identité, ce qui compromet leur chance de trouver un emploi rémunérateur.

La communauté zimbabwéenne du bidonville de Walmer assure aussi un filet de sécurité pour les nouveaux arrivants zimbabwéens qui n'ont nulle part où aller ou ceux qui ont connu des moments difficiles, après avoir fui soit des intimidations politiques soit une crise économique frappant leur pays », a indiqué Roderick Chimombe, représentant de la communauté zimbabwéenne à Walmer.

Cependant Roderick Chimombe n'a pas trouvé cette forme de consolation parmi la population locale de Port Elizabeth, une ville aussi appelée ironiquement la Ville conviviale. Malgré la proximité du Zimbabwe avec l'Afrique du Sud et ses liens culturels et ethniques, Roderick Chimombe est déçu de la façon dont il a été reçu.

« Ici la xénophobie est monnaie courante », confie-t-il. « Que ce soit à cause de l'ignorance de la situation zimbabwéenne parmi la communauté locale sud-africaine ou du fait que nous arrivons à mieux subvenir à nos besoins que de nombreux Sud-Africains, quelque soit l'emploi que nous pouvons trouver ou créer, cela me brise le cœur de voir la façon dont nous sommes traités. On nous désigne par un mot péjoratif, kwerekwere (l'étranger), j'en suis profondément blessé mais il n'y a rien de meilleur pour développer une carapace et survivre ici. »

Malgré cela, Roderick Chimombe et ses compatriotes tirent le meilleur de chaque opportunité avec leur permis de demandeur d'asile, qui les autorise à travailler et à étudier. A part des demandes d'intervention par l'UNHCR pour pouvoir obtenir des documents d'identité appropriés et de l'information sur leur droits et leurs obligations, Roderick Chimombe et ses compatriotes attendent très peu de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés.

De retour au Zimbabwe, Roderick Chimombe, qui est métallurgiste de profession, espère démarrer une petite affaire de constructions de bois destinées à un usage extérieur et lutte pour obtenir l'enregistrement de son permis de demandeur d'asile. Tout ce qu'il demande, c'est de l'aide pour acquérir le matériel nécessaire afin d'établir les bases de son projet.

Rutendo Mutopa, dont la petite affaire est déjà établie, quitte son salon vers 20 heures chaque soir. Malgré les longues heures passées au travail, elle semble déterminée et motivée, comme nombre de Zimbabwéens ici.

« Malgré les problèmes que nous avons ici, le fait de penser à mes enfants et ma famille restés au pays et à la situation dans laquelle ils vivent m'aide à me lever tous les matins et à rentrer tard le soir », dit-elle. « Ce qui me console c'est que je ne me fais pas exploiter comme au début, quand je suis arrivée ici, et que je continue à être en mesure de répondre aux besoins de ma famille. »

Par Pumla Rulashe à Port Elizabeth, Afrique du Sud

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En mars 2011, le HCR a lancé un projet avec l'organisation non gouvernementale sud-africaine, Lawyers for Human Rights (LHR- Avocats pour les droits de l'homme), pour traiter de la question de l'apatridie. Les objectifs spécifiques du projet étaient de fournir directement des services juridiques aux apatrides et aux personnes risquant de le devenir, d'aborder avec le gouvernement la nécessité de réformer la loi pour prévenir et réduire les cas d'apatridie, de sensibiliser à la question des apatrides et de leurs droits et de plaider pour la ratification des conventions des Nations Unies de 1954 et de 1961 relatives à l'apatridie.

LHR avait conçu ce projet un an plus tôt après avoir observé qu'un grand nombre de demandeurs d'asile nés Zimbabwéens leur faisaient part de leurs difficultés pour trouver du travail, étudier ou créer une entreprise - activités autorisées selon le droit sud-africain. Ils expliquèrent à LHR que lorsqu'ils ont demandé un passeport zimbabwéen, nécessaire pour accéder à ces droits, les fonctionnaires du Consulat les ont informés qu'ils n'étaient plus reconnus comme citoyens zimbabwéens. Ceci en réalité les rendait apatrides.

Depuis le commencement du projet, LHR a rencontré plus de 2 000 personnes apatrides ou risquant de le devenir. Ces personnes sont originaires de plus de 20 pays différents. L'ONG a identifié plusieurs catégories de personnes rencontrant des difficultés en Afrique du Sud, que ce soit des migrants ou des personnes nées dans le pays.

La série de photos qui suit présente certaines des personnes qui ont été, ou sont, aidées par le projet. Les portraits ont été réalisés par le photographe Daniel Boshoff. Certaines personnes ont demandé que leur nom soit modifié.

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Afrique du Sud: En marche vers la coexistence

L'Afrique du Sud est l'un des rares pays d'Afrique où les réfugiés et les demandeurs d'asile enregistrés bénéficient légalement d'une liberté de mouvement ainsi que de l'accès aux services sociaux et aux emplois au même titre que les citoyens.

Mais si ces droits sont garantis par la loi, ils sont parfois ignorés dans la pratique. Les réfugiés et les demandeurs d'asile se voient souvent rejetés par les employeurs ou mis en compétition avec les citoyens les plus pauvres pour obtenir les pires emplois - en particulier ces dernières années, quand des millions de personnes ont fui les difficultés politiques et économiques survenant dans des pays comme le Zimbabwe. La récession économique mondiale n'a pas aidé.

Durant cette dernière décennie, quand la situation est devenue plus difficile, les réfugiés des villes sont parfois devenus la cible de frustrations de la population locale. En mai 2008, des violences xénophobes ont éclaté à Johannesburg et se sont rapidement propagées à d'autres parties du pays, causant la mort de plus de 60 personnes et le déplacement d'environ 100 000 autres.

A Atteridgeville, une ville située en bordure de la capitale Pretoria - et théâtre de l'une des pires situations de violence - des commerçants sud-africains et somaliens, aidés par le HCR, ont négocié un accord détaillé pour régler le contentieux commercial initial ayant conduit à l'embrasement des magasins tenus par des Somaliens. L'agence des Nations Unies pour les réfugiés soutient également l'action de la Fondation Nelson Mandela visant à lutter contre la xénophobie.

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