Des flots de Zimbabwéens déterminés arrivent en Afrique du Sud

Articles d'actualité, 9 octobre 2007

© HCR/J.Redden
Le pont Beit, sur le fleuve Limpopo, relie le Zimbabwe et l'Afrique du Sud. C'est l'un des points de passage de la frontière les plus fréquentés pour se rendre en Afrique du Sud.

POINT DE PASSAGE DU PONT BEIT, Afrique du Sud, 9 octobre (UNHCR) Chaque jour, au crépuscule, une partie de cache-cache commence : des Zimbabwéens traversent le fleuve Limpopo, passent la clôture et se retrouvent en Afrique du Sud, où les autorités sud-africaines patrouillent le long de la frontière pour les intercepter et les expulser en quelques heures, par camions entiers.

En septembre, un mois comme les autres, quelque 7 300 Zimbabwéens ont été expulsés depuis la seule localité de Musina, la principale ville sud-africaine près du pont traversant le Limpopo vers le Zimbabwe. Chaque mois, plus de 20 000 Zimbabwéens accusés d'entrer illégalement en Afrique du Sud sont expulsés depuis toute l'Afrique du Sud ces chiffres incluant probablement des personnes arrêtées plusieurs fois.

L'Afrique du Sud se trouve face à une situation complexe, avec une augmentation des chiffres à la fois de migrants économiques et de demandeurs d'asile provenant de nombreux pays d'Afrique. Environ un millier de personnes arrivent chaque mois en traversant le pont, le point de passage le plus fréquenté en Afrique du Sud, et demandent l'asile. Ces demandeurs d'asile surtout originaires de République démocratique du Congo et de la Corne de l'Afrique reçoivent des documents qui leur permettent de voyager jusqu'à Johannesburg, où ils peuvent présenter une demande formelle de statut de réfugié.

Lors des quatre derniers mois, toutefois, un seul Zimbabwéen a demandé l'asile aux autorités sud-africaines de l'immigration à la frontière. Plusieurs explications ont été avancées : les personnes sont peut-être réticentes à demander l'asile lorsqu'elles se trouvent si près du Zimbabwe, ou elles sont impatientes de rejoindre leur destination en Afrique du Sud. Elles peuvent aussi ne pas avoir l'opportunité de faire la demande car elle sont expulsées trop rapidement ou encore, elles ne souhaitent simplement pas assumer un statut impliquant qu'elles ne pourront pas visiter leur pays d'origine.

Un nombre considérable de Zimbabwéens présentent effectivement des demandes d'asile dans d'autres bureaux de réfugiés en Afrique du Sud quelque 19 000 l'année dernière. Mais ces Zimbabwéens représentent un pourcentage relativement bas par rapport aux centaines de milliers qui arrivent dans le pays chaque année. Les personnes interceptées sont seulement une petite partie de tous les Zimbabwéens sans papiers qui rentrent illégalement en Afrique du Sud.

« La situation au Zimbabwe est complexe, tout comme les motifs invoqués par les personnes en fuite. Nous devons prendre en compte la dimension des droits de l'homme dans les récents développements au Zimbabwe. Certains Zimbabwéens demandent l'asile. Leur nombre est significatif en valeur absolue. Pour le moment, cependant, ils restent une proportion infime sur le très grand nombre de Zimbabwéens qui seraient actuellement hors de leur pays », a indiqué en août le Haut Commissaire pour les réfugiés António Guterres.

Les employés de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés surveillent régulièrement les frontières du Zimbabwe non seulement en Afrique du Sud mais aussi au Mozambique, au Botswana et en Zambie, des pays où se trouvent d'autres Zimbabwéens pour voir comment les gens vivent et s'ils ont besoin de protection. Les pressions économiques sur les populations du Zimbabwe, où les magasins sont pratiquement vides, sont claires : le responsable du supermarché principal de Musina a indiqué que l'arrivée quotidienne de clients zimbabwéens a généré, ces derniers mois, des ventes proportionnelles à celles normalement observées durant la saison de préparation de Noël.

Les nouveaux arrivants zimbabwéens principalement des hommes jeunes indiquent qu'ils sont venus pour gagner de quoi subvenir aux besoins de leur famille qui est restée à la maison, où le chômage est estimé à 80 pour cent. Nombre d'entre eux rentrent au Zimbabwe régulièrement ce qui ne leur est pas permis s'ils sont des réfugiés et le nombre de Zimbabwéens interceptés augmente en début d'année car ils rentrent pour passer des vacances dans leur famille.

Il y a clairement une crise humanitaire lorsque tant de gens se sentent obligés de fuir leur pays. Même si le premier objectif de l'UNHCR est d'assurer que ceux qui ont besoin de protection après avoir subi la persécution ont accès au système d'asile, l'agence a encouragé les organisations d'aide aux Zimbabwéens dans le besoin arrivant en Afrique du Sud à leur fournir une assistance humanitaire.

L'UNHCR travaille aussi avec le Gouvernement sud-africain pour accélérer la gestion des demandes de statut de réfugiés, un problème de capacité qui a affecté tous les demandeurs d'asile. Avec environ 140 000 demandes de citoyens originaires d'un grand nombre de pays toujours en attente d'une décision, le ministère de l'intérieur sud-africain est en train d'embaucher de nouveaux employés et améliore les procédures. Heureusement, les document d'identité temporaires et renouvelables distribués à tous les demandeurs d'asile par le gouvernement permettent de rester en Afrique du Sud tant qu'ils attendent une décision.

Le nombre de gens qui souhaitent traverser les eaux dangereuses du Limporo la saison des pluies qui vient de commencer accroît la menace des crocodiles indique l'ampleur du problème auquel font face les Zimbabwéens. Le flux de migrants venant du Zimbabwe se terminera lorsqu'il y aura un regain économique et une stabilité sociale.

Sur l'autoroute nationale N1 allant vers le sud depuis le pont appelé du nom du magnat des mines, Alfred Beit, vers le cœur industriel de l'Afrique du Sud aux alentours de Johannesbourg, la police intercepte des Zimbabwéens qui ont échappé aux premiers points de surveillance situés près de la frontière. Mais les autorités admettent volontiers que ceux qu'ils ramènent vers le Zimbabwe le matin traversent probablement la frontière à nouveau dès la tombée de la nuit.

Par Jack Redden, au point de passage frontière de pont Beit, Afrique du Sud

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Invisibles en Afrique du Sud

En mars 2011, le HCR a lancé un projet avec l'organisation non gouvernementale sud-africaine, Lawyers for Human Rights (LHR- Avocats pour les droits de l'homme), pour traiter de la question de l'apatridie. Les objectifs spécifiques du projet étaient de fournir directement des services juridiques aux apatrides et aux personnes risquant de le devenir, d'aborder avec le gouvernement la nécessité de réformer la loi pour prévenir et réduire les cas d'apatridie, de sensibiliser à la question des apatrides et de leurs droits et de plaider pour la ratification des conventions des Nations Unies de 1954 et de 1961 relatives à l'apatridie.

LHR avait conçu ce projet un an plus tôt après avoir observé qu'un grand nombre de demandeurs d'asile nés Zimbabwéens leur faisaient part de leurs difficultés pour trouver du travail, étudier ou créer une entreprise - activités autorisées selon le droit sud-africain. Ils expliquèrent à LHR que lorsqu'ils ont demandé un passeport zimbabwéen, nécessaire pour accéder à ces droits, les fonctionnaires du Consulat les ont informés qu'ils n'étaient plus reconnus comme citoyens zimbabwéens. Ceci en réalité les rendait apatrides.

Depuis le commencement du projet, LHR a rencontré plus de 2 000 personnes apatrides ou risquant de le devenir. Ces personnes sont originaires de plus de 20 pays différents. L'ONG a identifié plusieurs catégories de personnes rencontrant des difficultés en Afrique du Sud, que ce soit des migrants ou des personnes nées dans le pays.

La série de photos qui suit présente certaines des personnes qui ont été, ou sont, aidées par le projet. Les portraits ont été réalisés par le photographe Daniel Boshoff. Certaines personnes ont demandé que leur nom soit modifié.

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Afrique du Sud: En marche vers la coexistence

L'Afrique du Sud est l'un des rares pays d'Afrique où les réfugiés et les demandeurs d'asile enregistrés bénéficient légalement d'une liberté de mouvement ainsi que de l'accès aux services sociaux et aux emplois au même titre que les citoyens.

Mais si ces droits sont garantis par la loi, ils sont parfois ignorés dans la pratique. Les réfugiés et les demandeurs d'asile se voient souvent rejetés par les employeurs ou mis en compétition avec les citoyens les plus pauvres pour obtenir les pires emplois - en particulier ces dernières années, quand des millions de personnes ont fui les difficultés politiques et économiques survenant dans des pays comme le Zimbabwe. La récession économique mondiale n'a pas aidé.

Durant cette dernière décennie, quand la situation est devenue plus difficile, les réfugiés des villes sont parfois devenus la cible de frustrations de la population locale. En mai 2008, des violences xénophobes ont éclaté à Johannesburg et se sont rapidement propagées à d'autres parties du pays, causant la mort de plus de 60 personnes et le déplacement d'environ 100 000 autres.

A Atteridgeville, une ville située en bordure de la capitale Pretoria - et théâtre de l'une des pires situations de violence - des commerçants sud-africains et somaliens, aidés par le HCR, ont négocié un accord détaillé pour régler le contentieux commercial initial ayant conduit à l'embrasement des magasins tenus par des Somaliens. L'agence des Nations Unies pour les réfugiés soutient également l'action de la Fondation Nelson Mandela visant à lutter contre la xénophobie.

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