La police australienne part à la découverte des réfugiés soudanais

Articles d'actualité, 23 août 2007

© et avec l'autorisation du Star News Group
L'inspecteur par intérim Ian Gillespie (à gauche) et l'agent principal de police Joey Herrech avec deux membres de la communauté soudanaise réfugiée de Greater Dandenong, à Melbourne.

CANBERRA, Australie, 23 août (UNHCR) C'est le désir de mieux comprendre les réfugiés soudanais rencontrés lors de ses rondes qui a conduit Joey Herrech, un policier australien, à entreprendre le voyage de sa vie. Depuis il met cette expérience à profit pour partager ses connaissances avec d'autres.

Un peu plus tôt cette année, l'agent de police principal Herrech et l'inspecteur par intérim Ian Gillespie ont passé trois semaines au Sud-Soudan afin de tenter d'en savoir plus sur la culture et le milieu dont sont originaires les jeunes réfugiés soudanais vivant dans une banlieue de Melbourne, où les deux officiers travaillent pour la police [de l'Etat] de Victoria.

Depuis 2001, plus de 2 500 Soudanais ont été réinstallés à Greater Dandenong, formant l'une des plus importantes communautés soudanaises d'Australie. Ce voyage au Soudan s'inscrivait dans le cadre de l'effort mis en place par la police de Victoria pour s'éloigner d'une approche essentiellement réactive du travail de police et pour permettre de mieux comprendre les membres de cette nouvelle communauté.

Bien que figurant en bas des statistiques de criminalité, les jeunes Soudanais, qui sont souvent de grande taille, ont attiré l'attention des médias locaux en raison de leur habitude de se regrouper en nombre important. Cela a suscité des craintes quant à l'émergence de gangs soudanais. Parallèlement, la peur profondément ancrée des hommes en uniformes animant les réfugiés a entravé le travail de liaison et de communication mené par la police.

Lors d'un entretien téléphonique accordé depuis Melbourne, l'officier Herrech, qui est chargé des liaisons multiculturelles, a évoqué la nécessité d'instaurer une relation de confiance. « Dès qu'ils voient un uniforme, ils sont assaillis par une série de souvenirs provenant de traumatismes et de tortures subis chez eux », dit-il, en se référant aux abus commis pendant la guerre civile qui a pris fin en 2005. « Il y avait un refus de communiquer avec nous à tout niveau », ajoute-t-il.

Le voyage au Sud-Soudan en avril dernier a permis à cet officier d'acquérir une meilleure compréhension des réfugiés et de leurs problèmes. Avec ses collègues il s'efforce désormais de vaincre la peur de la police animant les réfugiés, par une approche amicale, qui ne soit pas basée sur un mode de confrontation.

« Nous utilisons beaucoup l'humour et nous tentons de montrer que nous ne sommes pas une organisation paramilitaire, que nous fournissons un service gratuit et que nous voulons les aider », explique-t-il.

L'agent Herrech utilise aussi ce nouvel éclairage pour dispenser des formations sur les questions multiculturelles à ses collègues des forces de police, du département de la justice, des services pénitentiaires et des tribunaux d'instance.

« J'essaie de mettre l'accent sur le fait qu'il faut vraiment avoir l'esprit ouvert et prendre un nouveau départ », dit-il. « Nous devons comprendre que ces personnes sont issues d'une culture et d'un environnement différents et difficiles. »

Pour les autres membres de la police de Victoria, voir des photos du Sud-Soudan et écouter le récit direct, par l'un de leurs collègues, des conditions sur place semble faire une réelle différence.

« Beaucoup de membres ont modifié leur attitude et leur approche ; cela s'est profondément ressenti. Désormais, les agents tentent d'établir un rapport avec les individus, ce qui diminue la probabilité qu'à l'avenir ces derniers commettent des infractions ou des récidives, car ils comprennent que la police est simplement là pour faire son travail », indique l'agent Herrech.

« Indépendamment de la compréhension culturelle, les lois sont là pour être respectées et la police doit faire son travail. Mais la manière dont la police fait respecter la loi est importante, notamment le comportement et la personnalité des agents lorsqu'ils entrent en contact avec les gens », a-t-il ajouté.

L'impact de la formation peut être très direct, par exemple, si la police revoit ses présupposés et travaille avec la communauté au lieu de s'approcher d'un groupe de jeunes simplement parce qu'ils sont dans la rue tous ensemble et qu'ils forment un groupe important pouvant faire peur aux autres.

L'agent Herrech comprend ces craintes : lorsqu'il était au Sud-Soudan, il a été frappé et intimidé par les grands groupes de jeunes hommes réunis entre eux. Mais il a, par la suite, compris que, pour les Soudanais, il s'agissait d'un comportement social normal.

« Ils étaient en train de jouer aux cartes, de socialiser, de rire, de discuter, et j'ai pensé, 'Quelle différence y a-t-il avec un groupe de jeunes Australiens à Melbourne ?' », dit-il, avant d'ajouter : « Bien sûr, il n'y en a aucune. »

Maintenant il tente d'expliquer tout ceci à ses collègues et au grand public. « Notre travail [en tant que policiers] est d'améliorer un peu le niveau de compréhension, pour revenir vers la communauté et dire qu'en fait il est normal que les jeunes se regroupent entre eux. Ne pensez pas d'emblée qu'ils sont là pour de mauvaises raisons », conclut-il.

Par Ariane Rummery à Canberra, Australie

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