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Un groupe de réfugiés musiciens, originaires de Somalie, fait parler de lui au Kenya

Articles d'actualité, 11 juin 2007

© HCR/J.Ndua
Certains des membres du célèbre groupe Waayaha Cusub, près du commerce de location vidéo qu'ils tiennent à Nairobi, dans le district d'Eastleigh. Ils collectent ainsi des fonds pour couvrir leurs frais d'exploitation.

NAIROBI, Kenya, 11 juin (UNHCR) Un groupe de réfugiés musiciens, originaires de Somalie, suscite la controverse dans la capitale kényane, Nairobi, défiant les traditions par des chansons évoquant des thèmes sensibles. Mais ils sont bien décidés à résister aux tentatives de faire taire leur groupe.

« Nous allons continuer à chanter et à diffuser nos messages d'espoir, de paix et de réconciliation. Nous n'abandonnerons pas », déclare Shimo Ali, 20 ans, le leader du groupe Waayaha Cusub (Nouvelle Epoque). « Nous avons vécu des moments difficiles ; nous avons été attaqués. Mais nous allons continuer à chanter », a-t-il ajouté.

Basé à Eastleigh, le groupe Waayaha Cusub a énormément de fans parmi les jeunes réfugiés somaliens et les jeunes kényans, qui apprécient leur musique et les causes qu'ils défendent. Le district d'Eastleigh, qui héberge une grande quantité des quelque 15 000 Somaliens présents à Nairobi, Il est communément surnommé Petite Mogadiscio.

Ce groupe, composé de onze membres, a été créé en 2004 par une bande d'amis, filles et garçons, qui vivaient dans ce quartier après avoir fui leur pays au milieu des années 1990. Ils voulaient faire quelque chose de créatif de leur temps libre.

« Lorsque nous avons commencé, nous étions 20 dans le groupe, mais certains ont fui en Ouganda car ils craignaient des représailles de la communauté », raconte un des membres du groupe, Abdi Weli Ibrahim. Il fait allusion à l'opposition à laquelle ils ont été confrontés de la part de membres conservateurs de la communauté somalienne. Abdi Weli Ibrahim ajoute qu'un des leurs a été tué lors d'affrontements entre des factions rivales somaliennes.

Abdi Weli Ibrahim explique pourquoi le groupe était l'objet de représailles : « Dans les clips de nos chansons figurent des jeunes filles en pantalons, et elles ont la tête découverte. Cela nous a créé des problèmes », dit-il, précisant que les Somaliens musulmans conservateurs considéraient qu'un tel comportement était banni par la loi islamique. « Jamila, une jeune fille du groupe, a reçu des coups de couteau sur le visage. Nous pensons que c'est à cause de notre musique. Ils disent que nous portons atteinte à la culture islamique. »

Jamila arbore une grande cicatrice sur la joue. Selon Ali, elle a été attaquée par des membres de sa famille qui désapprouvent le groupe de musiciens et le fait que Jamila en fasse partie. Il est facile d'imaginer que les clips de Waayaha Cusub, où la musique et les vêtements sont modernes et où l'on danse librement, puissent excéder des musulmans conservateurs. « Nous nous adressons aux jeunes. Ce sont les jeunes qui peuvent faire changer les choses en Somalie », dit Ali, en ajoutant : « Ils écoutent notre musique car ils s'y identifient. Ils l'adorent. »

Ce sont sans doute les thèmes abordés dans les chansons de Waayaha Cusub qui constituent l'élément le plus difficile à accepter pour la communauté somalienne, comme le VIH/SIDA, la paix et la réconciliation et les horreurs en Somalie.

La chanson Somalia, par exemple, qui montre des images de massacres et des cadavres dans les rues de Mogadiscio, reproche aux dirigeants du pays de sacrifier la population somalienne au nom de leur soif de pouvoir.

Si certaines personnes détestent Waayaha Cusub, d'autres en redemandent. Le groupe donne beaucoup de concerts, qui sont habituellement gratuits, et leurs chansons et clips sont régulièrement diffusés à la radio et à la télévision. Le groupe chante principalement en somalien, mais également en kiswahili, la langue parlée par la majorité des gens au Kenya.

Waayaha Cusub a créé un petit studio et tient un commerce de location de vidéos pour aider à couvrir ses frais d'exploitation. Ils ont à leur actif quatre albums, 14 clips musicaux et un film. « Notre but n'est pas de gagner de l'argent ou de devenir célèbres, mais de faire passer un message », dit Ali.

« Nous allons continuer à chanter et à présenter nos chansons de la même manière. Nous voulons encourager les réfugiés et la population de Somalie à continuer d'espérer que la paix revienne un jour dans notre pays. Un jour, nous aimerions dépasser les frontières et transmettre notre message à beaucoup plus de personnes. »

On estime que 170 000 réfugiés somaliens se trouvent au Kenya, dont la plupart dans le camp de Kakuma, au nord-ouest du pays, et dans le camp de Dadaab, au nord-est. L'année dernière près de 34 000 réfugiés ont fui leur pays pour échapper aux combats. La situation en Somalie demeure instable.

Par Janet Adongo à Nairobi, Kenya

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