Questions/Réponses : Un musée met en lumière la contribution des réfugiés à la Réforme

Articles d'actualité, 8 juin 2007

© HCR/H.Morel
Isabelle Graesslé, directrice du Musée international de la Réforme de Genève, pose à côté du Prix du Musée 2007 du Conseil de l'Europe.

GENEVE, 8 juin (UNHCR) La théologienne française Isabelle Graesslé est la directrice du Musée international de la Réforme de Genève, lauréat du Prix du Musée 2007 du Conseil de l'Europe. Situé dans la magnifique et ancienne Maison Mallet, dans la vieille ville de Genève, le musée présente les évolutions majeures de la Réforme, qui a débuté dans la cité suisse grâce à Jean Calvin (1509-1564), et l'histoire qui a suivi. Genève est devenue un refuge pour des milliers de personnes contraintes de fuir l'Italie, la France, les Pays-Bas et l'Ecosse pour des raisons religieuses. Des expositions présentent une Bible de 1562, qui a été traduite en anglais par des protestants exilés à Genève. Isabelle Graesslé, pasteure, évoque le musée et les réfugiés protestants avec les rédacteurs du site Internet de l'UNHCR, Haude Morel et Leo Dobbs. Extraits de son interview :

Dites-nous brièvement quelles sont les origines et quels étaient les buts de la Réforme

La Réforme de l'Eglise catholique romaine était une idée relativement ancienne. Les premiers réformateurs, particulièrement le théologien allemand Martin Luther, pensaient qu'il était possible de reformer l'Eglise de l'intérieur et de changer la vie des croyants de l'intérieur. Mais la crise fut encore plus profonde dans l'Eglise, qui avait besoin d'argent et essayait de collecter des fonds en créant une sorte de marché pour la rédemption des âmes. L'Eglise disait que si vous vouliez gagner le paradis, vous deviez obtenir le pardon de vos péchés en achetant ce qui s'appelait alors les « indulgences papales ». Dans le même temps, la plupart des gens ne savaient ni lire ni comprendre la Bible.

Tout cela a culminé au début du XVIe siècle, lorsque l'Eglise a été attaquée de l'intérieur et puis de l'extérieur tout d'abord par Luther, ensuite par Calvin. Ils ont pris la tête d'une importante réforme des croyances du catholicisme traditionnel, concernant Dieu et la spiritualité. Une des idées était que chacun devait être libre de lire la Bible, ce qui signifiait qu'il fallait apprendre aux gens à lire et à écrire. Un autre concept innovant et fondamental était que chacun était libre d'avoir sa propre interprétation de la Bible. Et lorsque vous lisez la Bible, vous redécouvrez un Dieu qui est miséricordieux, et pas seulement un Dieu qui punit.

Pourquoi ce musée a-t-il été ouvert à Genève ?

Parce que la Réforme est une part intégrante de l'histoire de Genève, de l'Europe et du monde entier. Ce qui s'est passé dans cette ville il y a plus de 500 ans fut le début d'une seconde vague de la Réforme. La première avait eu lieu avec Luther en Allemagne. Ce qui a commencé ici avec Jean Calvin a ouvert une autre façon d'appréhender Dieu, la spiritualité, la vie. La vie était conçue de manière vraiment différente. Il n'était pas seulement question de la Réforme ; la Renaissance a également apporté une nouvelle façon de penser. Mais le mouvement de la Réforme, qui a commencé à Genève, a joué un rôle majeur dans la construction de l'Europe et s'est étendu partout dans le monde.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le Musée et le prix du Conseil de l'Europe

Le Musée international de la Réforme de Genève est né d'une idée ancienne. Il y a environ un siècle, des historiens locaux voulaient ouvrir un musée et ont commencé à collecter quelques pièces d'exposition qui se trouvent maintenant ici. Des livres, des lettres de Calvin et d'autres manuscrits.... Pendant une période, ces pièces ont été exposées dans une « Salle de la Réforme », située dans une maison qui n'existe plus aujourd'hui. Elle a été fermée dans les années 1920, lorsque la Société des Nations a utilisé cette salle comme central téléphonique.

L'idée d'un musée a été ressuscitée dans les années 1950, lorsque l'Auditoire de Calvin (près de la Cathédrale Saint-Pierre de Genève) a été reconstruit pour marquer le 450e anniversaire du théologien. Mais il n'y avait pas d'argent, pas de temps ni d'énergie pour aller de l'avant. Finalement, à la fin du XXe siècle, le professeur Olivier Fatio a rassemblé des fonds, des personnes et l'énergie nécessaire. Six mois avant l'ouverture, j'ai été contactée et l'on m'a dit : « Nous avons quelque chose pour vous, nous aimerions que vous deveniez directrice de ce musée ».

L'ouverture a eu lieu le 15 avril 2005. Depuis lors, nous accueillons de nombreux visiteurs en provenance de Genève, de Suisse, mais également beaucoup d'étrangers. Des personnes croyantes, des athées, des protestants et des gens d'autres religions.

Le Musée est interactif, moderne et plutôt amusant. Les gens ne s'attendent pas à rire dans un musée sur la Réforme, ils s'imaginent un lieu austère. Mais nous présentons des maquettes, des enregistrements de chansons et d'hymnes, des projections de Calvin parlant de la prédestination et de Luther parlant français avec un fort accent allemand.

C'est probablement ce que le Conseil de l'Europe a aimé lorsqu'ils ont visité le Musée, il y a un an. Lorsque j'ai reçu leur appel me disant « Vous êtes le gagnant », j'ai eu un choc, j'étais très surprise.

Certaines personnes n'associent pas les réfugiés à la Réforme. Quelle a été leur importance ?

Beaucoup de réfugiés ont été impliqués. Dans le cas de Genève, ça a été particulièrement après 1550-1560, lorsque les guerres de religion ont commencé, notamment en France. De nombreuses familles de huguenots (les calvinistes français) sont venues à Genève, qui était vue comme la nouvelle Jérusalem, une ville de liberté qui accueillait les étrangers. Après le massacre de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572 lorsque quelque 3 000 personnes ont été tuées à Paris et beaucoup d'autres encore par la suite dans les villes de province en France, la population a alors doublé,de 10 000 à 20 000 personnes. Le successeur de Calvin, Théodore de Bèze, a dit avoir vu des charrettes pleines de gens en sang venant de Paris et d'autres villes. Il avait été tellement choqué qu'il ne parvenait plus à manger et à boire pendant les trois ou quatre jours suivants.

Cela se passait au XVIe siècle. Mais les protestants français ont été encore obligés de fuir après la révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV, en 1685. Cet édit avait été promulgué par Henri IV en 1598, pour garantir aux huguenots des droits considérables dans un pays très majoritairement catholique. Les protestants étaient considérés comme une menace par le roi de France. Beaucoup de nobles et de membres de la bourgeoisie, qui revendiquaient plus de démocratie, étaient des protestants. Le protestantisme était donc associé à une certaine forme d'ouverture politique, qui était une menace pour le roi de France. Soudainement, 200 000 protestants français ont décidé de quitter le pays soit environ un quart de tous les protestants du pays à cette époque.

Beaucoup voulaient venir à Genève, mais cette fois-ci ils étaient moins bienvenus ; Genève ne voulait pas mécontenter son voisin si puissant et craignait une invasion. De plus, cette seconde vague de réfugiés comprenait beaucoup de personnes très instruites et d'artisans qualifiés, tels que des horlogers et des tailleurs. Nombre de gens étaient inquiets de voir ces personnes avec leurs connaissances supérieures prendre des postes dans les universités et conquérir le pouvoir politique. Ce n'était pas facile. Faire face à une arrivée massive de réfugiés, où que ce soit dans le monde, n'est jamais simple. Beaucoup de personnes ont fui vers d'autres lieux en Suisse.

Vous possédez une copie de la Bible de Genève datant de 1562. Que pouvez-vous nous dire de cette Bible, l'une des toutes premières bibles entièrement imprimée en anglais ?

La Bible de Genève a été traduite ici par John Knox [le père de l'Eglise d'Ecosse, mort en 1572] et par certaines des autres personnes venues ici [tels que William Whittingham et Anthony Gilby] pour échapper à la répression sous le règne de Mary Tudor d'Angleterre. Ici à Genève, ils se sont réunis dans un petit auditoire, de l'autre côté de la Cathédrale, et ont traduit la Bible en anglais. Avant que la version du roi James [autrement dit la version autorisée] ne soit publiée en 1611, la Bible de Genève était la référence en langue anglaise.

Y a-t-il toujours à Genève des familles dont les ancêtres sont issus de cette période ?

Oui, bien sûr. Par exemple, le fondateur du musée, Olivier Fatio, a un nom italien et sa famille est venue de Toscane au XVIe siècle. Ils étaient partisans de la Réforme et ont fui vers Genève parce qu'ils n'étaient plus acceptés dans leur pays. Pretini est une autre famille italienne, ainsi que Dominicé. Beaucoup de familles protestantes qui ont aidé à faire de Genève ce qu'elle est aujourd'hui sont venues ici comme réfugiés, notamment pendant la première vague au XVIe siècle. La seconde vague, dans sa majorité, était française.

Genève est-elle fière d'avoir accueilli tous ces réfugiés pendant la Réforme ?

Je dirais que ce n'est pas très calviniste d'être fier de quelque chose. Je crois que les gens ici diraient : « Nous avons fait ce qu'il fallait faire ». Peut-être ai-je insisté sur les difficultés auxquelles ont dû faire face les réfugiés de la seconde vague. Mais je pense que la vocation de Genève est d'être une cité ouverte aux personnes qui ne peuvent pas pratiquer leur religion dans leur propre pays.

Cette partie de l'histoire avec les réfugiés, ainsi que l'ouverture d'esprit de Genève, expliquent probablement le statut international et cosmopolite de la ville depuis les années 1920. Chaque fois que je voyage à l'étranger, je constate que l'image de Genève est celle d'une ville d'ouverture, d'un centre international de personnes, de négociations et d'organisations.

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