Questions/Réponses : Iraq : une opération humanitaire qui va durer des années

Articles d'actualité, 2 février 2007

© HCR/S.Hopper
Andrew Harper, responsable des opérations de l'UNHCR pour la situation en Iraq.

GENEVE, 2 février (UNHCR) Andrew Harper, un ancien diplomate australien, est le responsable des opérations de l'UNHCR pour la situation en Iraq. Le lendemain de son retour après sa dernière mission en Jordanie, il a parlé de son travail lors d'une interview réalisée par Leo Dobbs, rédacteur en chef du site internet de l'UNHCR.

Que se passe-t-il en Iraq ?

Malheureusement les statistiques sont claires. Chaque jour on dénombre au moins cent morts, plusieurs centaines de blessés et des milliers de déplacés, à l'intérieur de l'Iraq et vers les pays voisins.... Exception faite des trois gouvernorats au nord du pays, il n'y a pour ainsi dire pas d'endroit qui soit sûr en Iraq, en particulier si vous faites partie d'une minorité, si vous êtes laïque ou vous avez une profession libérale.

Les déplacements vont vraisemblablement continuer encore longtemps et l'UNHCR doit se préparer à faire face aux conséquences de ces violences. L'Iraq n'est pas une opération dans le court terme, elle va continuer encore plusieurs années. Et nous n'allons pas nous limiter aux déplacements internes en Iraq, mais étudier leurs conséquences en Syrie, en Jordanie, en Egypte, en Turquie, en Iran et dans toute la région.

Quand la situation a-t-elle commencé à se dégrader ?

La situation en Iraq a commencé à se dégrader depuis la guerre entre l'Iran et l'Iraq (1980-1988).... Le bombardement d'une mosquée chiite en février de l'année dernière en est le dernier chapitre.... Cet attentat à la bombe a déclenché ce qui allait devenir un cauchemar sectaire. Depuis cette date, les déplacés internes en Iraq sont 640 000.... Des milliers de personnes sont déplacées chaque jour, et ce ne sont pas des déplacements temporaires, mais probablement permanents.

Il s'agit d'une population déjà vulnérable, qui l'est rendue encore plus à cause du manque de structure sociale.... Si la situation continue de se détériorer, nous allons assister à des centaines de milliers d'autres déplacements. Selon les prévisions de l'UNHCR, on compte actuellement 1,8 million de déplacés en Iraq ces chiffres comprenant des données qui datent d'avant 2003 mais ce chiffre pourrait atteindre les 2,3 à 2,7 millions de déplacés avant la fin de 2007. Personne n'a les capacités pour faire face à l'étendue de ce problème.

Que fait l'UNHCR sur le terrain en Iraq ?

Les opérations de l'UNHCR sont limitées à cause des problèmes de sécurité. Nous avons 36 employés nationaux très motivés en Iraq, et un fonctionnaire international à Irbil.... La question à poser est : quel est l'impact des opérations de l'UNHCR dans le sud et au centre de l'Iraq ? Il y a entre 43 000 et 45 000 réfugiés en Iraq, dont nous sommes responsables. La plupart sont Palestiniens, ils sont 15 000. Puis il y a d'autres réfugiés originaires de Turquie, d'Iran et de Syrie.... La protection des Palestiniens et des Syriens nous préoccupe particulièrement, car ils sont les cibles de différents groupes armés, ils sont continuellement menacés et plusieurs personnes sont tuées chaque semaine. Pour le moment, il n'y a aucun endroit où nous puissions les envoyer.

Travailler dans le pays est donc très difficile pour l'UNHCR ?

C'est très difficile pour tout le monde.... Nous sommes en train d'organiser une rencontre inter agence [le 22 février à Genève] pour étudier comment nous pourrions être plus efficaces. Actuellement nos opérations sont gérées depuis Amman et le Koweït.

Cette année, nous prévoyons un budget de 20 millions de dollars pour l'Iraq. Il comprend la fourniture d'articles d'urgence non alimentaires et le financement de programmes d'assistance juridique. Nous organisons des activités génératrices de revenus là où nous le pouvons ... nous fournissons des logements là où c'est possible, nous soutenons un certain nombre de sites accueillant des Palestiniens. L'UNHCR participe au paiement des loyers, aide plusieurs hôpitaux et, en collaboration avec le Ministère iraquien pour les déplacements et les migrations, l'agence fournit un appui pour établir des camps si nécessaire. Le problème est de nous assurer que nous pouvons atteindre les groupes les plus vulnérables et exercer un contrôle suffisant sans mettre en danger notre personnel national.

Nous ne pouvons pas nous permettre de négliger l'Iraq, car les conséquences humanitaires vont être un problème pour la communauté internationale dans les années à venir ... nous devons trouver comment pouvoir faire notre travail, comment coopérer avec d'autres agences.

Quel est le rôle de l'UNHCR dans les pays voisins ?

Des dizaines de milliers d'Iraquiens se trouvent depuis de nombreuses années dans des pays proches de l'Iraq. Durant ces douze derniers mois, un nombre croissant d'Iraquiens a traversé la frontière, particulièrement pour entrer en Jordanie et en Syrie. Nous ne connaissons pas le nombre exact d'Iraquiens présents dans ces pays. Il pourrait s'élever à 500 000 respectivement en Syrie et en Jordanie, ou même peut-être à un million.... C'est probablement la population de réfugiés la plus importante au monde. Cependant ils restent cachés, c'est l'une des contraintes que nous rencontrons dans l'assistance d'une telle population, constituée de réfugiés urbains.... Les Iraquiens sont apeurés, ils vivent dans les sous-sols. Ils ont peur d'être expulsés.

Quelque 45 000 Iraquiens sont enregistrés auprès de l'UNHCR à Damas, et environ 21 000 Iraquiens le sont à Amman. Vraisemblablement, c'est juste une petite portion parmi ceux qui sont présents dans ces pays. Pourquoi avons-nous si peu de personnes enregistrées, car nous ne pouvons pas fournir une assistance pratique ou une protection efficace à ce jour. Nous avons pour objectif en 2007 de changer la façon dont nous travaillons et de reconnaître qu'il y a des centaines de milliers d'Iraquiens vulnérables dans les pays voisins qui ont besoin d'une protection et d'une assistance efficaces.

Actuellement nous augmentons de façon importante notre capacité d'enregistrer les Iraquiens et aussi mettre en place des possibilités de réinstallation dans certains pays pour ceux qui en ont le plus besoin. Le but pour cette année et d'enregistrer au moins 200 000 Iraquiens ... et d'en réinstaller autant que les pays de réinstallation ont la capacité d'en accueillir.

Par de nombreux aspects, l'UNHCR doit être le catalyseur pour éveiller l'attention de la communauté internationale sur l'importance et la gravité des mouvements de population et pour attirer un soutien international aux pays d'accueil dans la région.

L'UNHCR a-t-il lancé un appel aux donateurs pour ses opérations relatives à la situation en Iraq ?

Le 6 janvier, nous avons lancé un appel d'un montant de 60 millions de dollars. Il couvre les opérations en Iraq, en Jordanie, en Syrie, en Egypte, au Liban, en Turquie et en Iran. Même cette somme de 60 millions de dollars ne représente pas beaucoup quand on évoque les 1,8 millions de déplacés internes, ainsi que deux autres millions d'Iraquiens qui pourraient se trouver dans les pays voisins, et le renforcement de notre capacité pour répondre aux déplacements futurs. L'argent ne fait pas tout lorsque vous essayez de fournir une protection et une assistance à long terme à un si grand nombre de personnes.

Ce n'est pas la peine d'essayer de nous dire que nous allons pouvoir répondre à tous les besoins humanitaires avec la somme de 60 millions de dollars. Les besoins humanitaires totaux s'élèvent à des centaines de millions de dollars, si ce n'est des centaines de milliards.

Vous venez de rentrer de Syrie. Dites-nous vos impressions.

Mon impression est que nous pouvons atteindre nos objectifs initiaux. Nous pouvons avec les équipes que nous avons sur le terrain, si nous leur en donnons les ressources, si nous leur donnons du personnel supplémentaire et si nous recevons le soutien des gouvernements.... Ces derniers mois nous avons agi rapidement et efficacement. En janvier 2007, nous avons pu signer des accords s'élevant à plus de 9 millions avec les autorités syriennes et nous avons pu transférer ces fonds très rapidement. Nous avons commandé 15 ambulances pour l'assistance car nous avons besoin de donner des preuves physiques de notre aide....

Le Haut Commissaire [António Guterres] se rend dans la région [Arabie saoudite, Koweït, Jordanie et Syrie] le 2 février. C'est un autre investissement positif de l'UNHCR dans le plaidoyer pour les Iraquiens déplacés et pour essayer d'assurer que l'espace humanitaire est protégé et étendu dans la région.

Que fait par ailleurs l'UNHCR pour attirer l'attention sur la situation en Iraq ?

Il va y avoir une conférence [à Genève] le 17 avril. Elle a plusieurs objectifs, mais l'un d'entre eux est de faire connaître la situation du déplacement, d'attirer l'attention sur les besoins des personnes déplacées et aussi ceux des pays dans la région. Nous essayons d'avancer en tant que partie d'une équipe et nous assistons aussi des groupes parmi les plus vulnérables, comme par exemple la situation des Palestiniens.

Nous avons invité les Etats de la région l'Iraq, l'Iran, la Syrie, la Jordanie, la Turquie, les Etats du Golfe, l'Arabie saoudite les principaux Etats donateurs, ainsi que les Etats qui ont un intérêt spécifique en Iraq, ainsi que les pays de réinstallation. Nous essayons d'être aussi exhaustifs que possible, car le problème est vaste. Nous avons besoin de recevoir autant de soutien et d'approvisionnements que possible ... nous en avons vraiment besoin.

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L'UNHCR a pour objectif d'aider 25 000 enfants réfugiés à retourner à l'école en Syrie, en soutenant financièrement leurs familles et en leur fournissant des uniformes et du matériel scolaire. Environ 1,4 million d'Iraquiens sont réfugiés en Syrie ; la plupart ont fui l'extrême violence sectaire déclenchée par le bombardement de la Mosquée d'Or de Samarra en 2006.

Pour de nombreux parents réfugiés iraquiens, l'éducation est une priorité d'une importance équivalente à celle de la sécurité. En Iraq, à cause de la violence et des déplacements forcés, les enfants iraquiens n'allaient pas régulièrement à l'école et nombre d'enfants réfugiés ont manqué une bonne partie de leur scolarité. Bien que l'éducation soit gratuite en Syrie, des frais pour l'achat de fournitures, d'uniformes et les frais de transport ne permettent pas d'accéder à l'éducation. Par ailleurs, de nombreux enfants réfugiés sont contraints de travailler plutôt que de fréquenter l'école, pour subvenir aux besoins de leur famille.

Afin d'encourager les familles iraquiennes défavorisées à inscrire leurs enfants à l'école, l'UNHCR prévoit d'aider financièrement au moins 25 000 enfants en âge d'être scolarisés et de fournir des uniformes, des livres et des fournitures scolaires aux réfugiés iraquiens enregistrés auprès de l'agence. L'UNHCR va également informer les réfugiés sur leur droit d'envoyer leurs enfants à l'école, et soutiendra les programmes d'ONG en faveur des enfants qui travaillent.

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A l'exception de quelques Palestiniens ayant pu rejoindre des proches en Jordanie, les réfugiés se sont vus refuser l'entrée et la libre circulation dans ce pays. Des milliers d'entre eux se sont alors retrouvés bloqués dans le no man's land entre l'Iraq et la Jordanie, ou dans le camp de Ruweished, situé dans le désert à 60 kilomètres à l'intérieur du pays.

Depuis 2003, des Palestiniens, des Kurdes iraniens, des Iraniens, des Soudanais et des Somaliens vivent dans ce désert jordanien. Ils subissent des conditions climatiques extrêmes : la chaleur torride en été et le froid glacial en hiver. L'UNHCR et ses partenaires ont distribué des tentes et des biens de secours. L'agence pour les réfugiés a tenté de trouver des solutions - en participant à la réinstallation de plus de 1 000 personnes dans des pays tiers. Début 2007, 119 personnes - pour la plupart des Palestiniens - étaient encore présentes au camp de Ruweished, sans aucune solution immédiate en vue.

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Il reste encore environ 15 000 Palestiniens en Iraq - ils étaient plus du double en 2003. Ils vivent constamment dans la peur, et beaucoup d'entre eux n'ont pas de documents en règle. Ceux qui tentent de s'échapper et atteindre les frontières syrienne et jordanienne sont de plus en plus exposés au danger. Des centaines d'entre eux sont bloqués à la frontière entre l'Iraq et la Syrie : ils ne peuvent pas traverser la frontière, et ont trop peur de retourner en Iraq. Ceux qui réussissent à quitter l'Iraq le font souvent dans l'illégalité.

Un effort humanitaire international est requis d'urgence afin de trouver une solution temporaire pour les Palestiniens. L'UNHCR a maintes fois fait appel à la communauté internationale et aux pays limitrophes pour qu'ils accueillent les Palestiniens. L'agence pour les réfugiés a également contacté des pays susceptibles de proposer des solutions de réinstallation, mais seuls le Canada et la Syrie ont répondu favorablement. La Syrie a depuis fermé ses frontières aux autres Palestiniens désespérés.

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