Saison des récoltes au Zimbabwe : l'agriculture aide les réfugiés à devenir autosuffisants

Articles d'actualité, 19 février 2007

© HCR/J.Redden
Siri Kirogi, une jeune réfugiée de 16 ans originaire de la République démocratique du Congo, s'occupe de la parcelle de terre allouée à sa famille dans le camp de Tongogara, au Zimbabwe. Un projet de développement de l'agriculture mis en place par l'UNHCR permet aux réfugiés d'améliorer leur alimentation et de devenir autonomes.

CAMP DE REFUGIES DE TONGOGARA, Zimbabwe, 19 février (UNHCR) Siri Kirogi se déplace parmi les hautes tiges de maïs de sa parcelle, arrachant les mauvaises herbes dans les rigoles d'irrigation et remplissant un sac d'épis de maïs bien mûrs.

Siri n'a que 16 ans, mais lorsqu'elle ne va pas à l'école, elle s'occupe déjà avec son jeune frère de la parcelle de terre qui a été attribuée à sa famille dans le camp de réfugiés de Tongogara. Elle cultive aussi des légumes dans un petit jardin potager près de leur logement, dans le camp.

Siri est arrivée au camp en 2004, fuyant la violence dans son pays, la République démocratique du Congo (RDC). Elle était accompagnée par ses trois frères, dont l'aîné, maintenant âgé de 20 ans. Pris en charge par l'UNHCR en tant que mineurs non accompagnés, ils étaient orphelins, leurs parents ayant été tués durant le conflit en RDC.

Leur parcelle de terre et le petit potager ne suffisent pas à nourrir les quatre jeunes réfugiés, mais ils leur fournissent un supplément vital. L'année dernière, les rations distribuées dans le seul camp de réfugiés existant au Zimbabwe ont été réduites, même si elles correspondent encore actuellement aux besoins quotidiens équivalant à 2 100 calories.

Il ne s'agissait pas uniquement d'une mesure d'économie. Tout comme dans d'autres pays, la politique de l'UNHCR concernant les réfugiés de longue date vise à ce qu'ils deviennent autonomes l'agence fournit une aide essentielle, mais elle ne veut pas que les réfugiés soient dépendants.

« Cette parcelle de terre est importante, car nous n'avons pas d'autres ressources que le jardin potager et les rations alimentaires », raconte Siri en remettant en place les tuyaux en plastique utilisés par les réfugiés pour siphonner l'eau dans les champs depuis les rigoles d'irrigation en béton.

Les 2 100 réfugiés qui se trouvent dans ce camp à l'Est du Zimbabwe sont presque tous originaires de la région des Grands Lacs RDC, Rwanda et Burundi et ils ne sont pas très enthousiastes à l'idée de retourner chez eux. C'est maintenant la saison des récoltes du maïs, qui va fournir un supplément bienvenu à leur alimentation. Presque tous les champs seront ensuite plantés en haricots.

Un autre champ de 40 hectares est disponible, mais il nécessite un investissement supplémentaire. Le terrain, localisé dans l'une des zones les plus sèches du Zimbabwe et composé de terre sableuse peu propice à l'agriculture, dépend de l'acheminement de l'eau pour l'irrigation, sur une distance de 15 kilomètres depuis une rivière.

Les réfugiés pouvaient le cultiver lorsque Tongogara avait d'abord été établi dans les années 70 pour héberger les réfugiés qui fuyaient la guerre civile au Mozambique, juste de l'autre côté de la frontière à l'est du pays. Le camp avait ensuite été fermé mais ouvert de nouveau en 1997 pour accueillir les réfugiés ayant quitté la région des Grands Lacs.

Les réfugiés cultivent les champs aux alentours du camp depuis plusieurs années. Il y a un an, l'UNHCR, par l'intermédiaire de son partenaire local World Vision, a décidé de concentrer son action sur l'amélioration de l'agriculture. Après avoir reçu des conseils d'experts pour développer la rentabilité des cultures et améliorer leurs compétences, les réfugiés ont indiqué que cette année les rendements se sont accrus.

« Avant j'étais tailleur mais ici il n'y a pas de travail pour moi », a expliqué Dieudonné Bizimungu, arrivé en 2003 du Burundi, portant un sac de maïs sur sa bicyclette. « Je suis devenu agriculteur car je n'avais pas d'autre choix. Nous avons terminé la saison du maïs et le chef dit qu'il y aura une réunion pour discuter de la prochaine culture. »

Une parcelle de 0,08 hectare est attribuée à chaque famille, assez pour récolter environ 80 kg de maïs. Dieudonné Bizimungu a indiqué qu'il pourrait ainsi améliorer l'alimentation de ses cinq enfants durant les deux prochains mois. Environ 250 sur les 650 familles du camp ont une parcelle et d'autres foyers souhaiteraient de même pouvoir en cultiver une. Huit familles zimbabwéennes bénéficient aussi de ce programme, réduisant ainsi de possibles tensions. Cependant, alors que la zone cultivée peut être agrandie, les réfugiés continueront à avoir besoin de rations.

« Le Zimbabwe est un pays très petit et la demande de terres cultivables est très importante. Les opportunités sont très limitées pour les réfugiés. Ceux qui veulent cultiver ne recevront pas assez de terre », a indiqué Tapiwa Huye, un employé de terrain chez World Vision. « La population de réfugiés s'est maintenant rendue compte de l'importance de l'agriculture. Ils craignaient auparavant qu'elle ne soit un moyen de réduire leurs rations mais maintenant, nombre d'entre eux veulent participer à ce projet. »

Les problèmes économique au Zimbabwe et les susceptibilités sur la question foncière représentent des obstacles importants pour la réussite de l'intégration locale des réfugiés. Un petit nombre d'entre eux sont réinstallés chaque année dans des pays tiers comme le Canada, l'Australie et les Etats-Unis. L'UNHCR souhaite que ceux qui restent subviennent si possible à leurs besoins en attendant une solution à long terme.

« Les parcelles cultivables ne solutionnent pas le problème. Mais au moins elles servent à compléter leur ration », a indiqué Jennifer Msimbo, assistante de l'UNHCR pour les services communautaires, qui habite au camp et reconnaît le danger de la dépendance relative à la distribution d'aide. « En fin de compte, les réfugiés devraient rentrer chez eux. »

Par Jack Redden, Camp de réfugiés de Tongogara, Zimbabwe

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