L'Australie accorde un visa à un Iraquien après cinq ans de détention sur une île du Pacifique

Articles d'actualité, 1 février 2007

© et courtoisie de The Age/Paul Harris
Mohammed Faisal (à droite) fête sa liberté retrouvée avec quelques amis de l'hôpital de Brisbane, où il a passé cinq mois.

CANBERRA, Australie, 1er février (UNHCR) Le cauchemar qu'a vécu Mohammed Faisal, un réfugié iraquien, est enfin terminé. Il vient de recevoir un visa de protection en Australie, après avoir été bloqué pendant cinq années sur une petite île du Pacifique et cinq mois dans un hôpital psychiatrique de Brisbane.

L'agence des Nations Unies pour les réfugiés a accueilli favorablement l'issue trouvée au cas de cet homme de 27 ans, qui a reçu mercredi l'autorisation de vivre et de travailler librement en Australie. « Je veux passer du temps avec mes amis, m'occuper de ma santé, étudier et venir en aide à ma famille, qui se trouve toujours en Iraq », a-t-il déclaré à l'UNHCR, après réception de son visa permanent.

Mohammed Faisal fait partie des centaines de demandeurs d'asile originaires de différents pays détenus sur l'île de Nauru, Etat insulaire du Pacifique, dans le cadre de la stratégie d'immigration développée par les autorités australiennes pour décourager d'autres personnes de se rendre en Australie.

Le jeune homme, qui est arrivé par bateau en 2001, a finalement obtenu le statut de réfugié après l'examen, en 2005, des demandes déposées par les Iraquiens présents à Nauru et qui n'avaient encore été traitées. Mais, alors que le cas des autres demandeurs d'asile avait été résolu, l'agence nationale de renseignements australienne avait décidé que Mohammed Faisal et l'un de ses compatriotes, Mohammed Sagar, représentaient une menace pour la sécurité et ne devaient pas obtenir de visa pour l'Australie.

Depuis, l'UNHCR a trouvé un pays de réinstallation scandinave pour Mohammed Sagar. Il devrait rejoindre sa nouvelle patrie plus tard au cours du mois. Quant à Mohammed Faisal, son cas n'a pu être résolu qu'après des tentatives de suicide ayant abouti à son transfert dans un hôpital psychiatrique, dans la ville de Brisbane, dans l'est de l'Australie, en août dernier.

Après son arrivée en Australie, Mohammed Faisal a pu déposer une demande pour obtenir un visa de protection, aboutissant à une réévaluation de sa situation par l'Organisation australienne de la sécurité et du renseignement, qui l'a cette fois classé dans la catégorie des personnes ne représentant pas de menace pour la sécurité nationale.

Sandi Logan, porte-parole du Ministère de l'immigration et de la citoyenneté, a indiqué que Mohammed Faisal répondait désormais à tous les « critères donnant droit à l'obtention d'un visa de protection et à sa remise en liberté ».

Depuis Sydney, le Garde des Sceaux australien, Phillip Ruddock, a déclaré mercredi à des journalistes que l'agence pour la sécurité « était arrivée à une conclusion nouvelle, sur la base de matériel différent de celui précédemment en sa possession ».

Soulagé, Mohammed Faisal a raconté aux employés de l'UNHCR de Brisbane qu'à Nauru et en Australie les gens l'ont beaucoup aidé, et qu'il s'est fait de nouveaux amis à l'hôpital. Dès son premier jour de liberté, il a rendu visite à son ami Ringo, un ancien combattant australien, lui aussi patient de l'hôpital. « Je suis inquiet pour mon ami Ringo, inquiet de le laisser seul, livré à lui-même. Voilà pourquoi je suis venu le voir aujourd'hui, pour lui donner ses médicaments et m'assurer qu'il mange. »

Ces prochains jours, Mohammed Faisal va aller à Melbourne pour rencontrer amis et sympathisants, parmi lesquels d'autres réfugiés qui ont séjourné sur l'île isolée de Nauru un Etat qui détient les demandeurs d'asile pendant que leurs demandes sont traitées par l'Australie, et reçoit de l'aide en retour. Actuellement, huit demandeurs d'asile originaires du Myanmar se trouvent à Nauru. Ils y ont été emmenés par l'Australie qui les avait trouvés à Ashmore Reef en août 2006.

Selon Susan Metcalfe, une amie proche de Mohammed Faisal, maintenant qu'il n'y a plus d'incertitudes, il va pouvoir penser à reconstruire sa vie. « Ca a commencé à aller mieux quand il a reçu un visa », raconte-t-elle, avant d'ajouter : « Maintenant son esprit est plus tranquille. Il sait que dans ce pays il a un futur ; il peut trouver un emploi, faire des choix, et même ... se promener seul dans la rue. »

C'est en 2001 que l'Australie a conclu des accords pour établir, à Nauru et à Manus, une île de Papouasie-Nouvelle-Guinée, des centres au large de ses côtes pour qu'y soient étudiés les dossiers des centaines de boat people qui essaient de rejoindre le littoral australien. Cette décision est intervenue après qu'un cargo norvégien, le MV Tampa, qui avait secouru 433 demandeurs d'asile sur un bateau de pêche à la dérive, se soit vu refuser l'autorisation de les débarquer en Australie.

La législation élaborée par la suite prévoit que les dossiers de tous les demandeurs d'asile arrivant sur des îles qui ne font pas partie de la zone migratoire australienne soient examinés à Nauru et à Manus. Depuis 2001, 1 547 demandes ont été étudiées dans les centres établis sur les deux îles. Sur ce total, 482 personnes ont choisi de rentrer volontairement dans leur pays d'origine, après avoir reçu un avis défavorable suite à leur demande d'obtention du statut de réfugié.

Un autre groupe de 1 062 personnes a été réinstallé sur la base de visas humanitaires ou de visas de réfugiés, dont plus de la moitié est arrivée en Australie. Mercredi, Mohammed Faisal était le dernier demandeur d'asile de ce groupe, après que son compatriote Mohammed Sagar ait été accepté pour réinstallation en décembre.

Par Ariane Rummery à Canberra, Australie

• FAITES UN DON •

 

• COMMENT NOUS AIDER • • RESTEZ INFORMÉS •