Au Mozambique, le HCR donne aux réfugiés les moyens de devenir autosuffisants

Articles d'actualité, 2 janvier 2007

© HCR/J.Redden
Leticia Zau fait partie des bénéficiaires du projet financé par l'UNHCR au profit des réfugiés du camp de Maratane au Mozambique. Grâce à cette initiative, elle élève des volailles et dépend moins de l'aide.

CAMP DE REFUGIES DE MARATANE, Mozambique, 2 janvier (UNHCR) Leticia Zau attrape les derniers œufs pondus par les poules qui ont été distribuées dans le camp de Maratane, avant de rejoindre ses voisines pour suivre un exposé sur la façon de faire pousser le maïs. Elle fait partie des 5 000 réfugiés et demandeurs d'asile présents en Mozambique auxquels l'UNHCR tente de fournir les instruments nécessaires pour accéder à l'autosuffisance, grâce notamment à des formations professionnelles et à des prêts destinés à financer de petits commerces.

Le programme d'autosuffisance mis en place par l'UNHCR a été rendu possible par la position adoptée par le Gouvernement du Mozambique, qui estime que les réfugiés doivent pouvoir s'intégrer à l'économie locale pour subvenir à leurs besoins dans les camps où vit la majorité d'entre eux ou ailleurs jusqu'à ce qu'ils pensent pouvoir rentrer chez eux.

Pour beaucoup de réfugiés et de demandeurs d'asile qui vivent au Mozambique, la date de ce retour reste encore mal définie. La plus importante communauté, qui représente 78 pour cent du total, est originaire de République démocratique du Congo, et en particulier de la zone est du pays, dans la région des Grands Lacs. La plupart des autres réfugiés ont fui la zone des Grands Lacs, dont 8 pour cent le Rwanda et 14 pour cent le Burundi.

Bien que la sécurité se soit améliorée dans leurs pays d'origine la RDC vient d'achever une élection dans un calme relatif peu de réfugiés ont sollicité l'aide de l'UNHCR pour être rapatriés. Les possibilités de réinstallation dans un pays tiers ne bénéficiant qu'à quelques personnes chaque année, il est probable que la plupart des réfugiés restent au Mozambique pour une période indéterminée.

La perspective d'une assistance prolongée qui risque de rendre les réfugiés dépendants et de peser sur les ressources limitées de l'UNHCR a renforcé le besoin de les rendre autosuffisants. Le succès du projet d'élevage de volailles a prouvé que les réfugiés sont prêts à accepter sans tarder les idées qui peuvent améliorer leur existence.

« L'objectif est qu'ils deviennent autosuffisants grâce à des activités génératrices de revenus et à des formations professionnelles telles que la soudure, la menuiserie, l'informatique », explique Ntambwe Mawunu, qui a fui la RDC avec sa famille il y a huit mois et travaille aujourd'hui en tant que coordinateur des projets agricoles et environnementaux que mène World Relief International, le partenaire de l'UNHCR.

« Des cours pratiques sont offerts, de manière à ce que les réfugiés puissent se prendre en charge, eux et leurs familles », ajoute Ntambwe Mawunu, qui n'a déjà plus besoin des rations alimentaires mensuelles que reçoivent presque toutes les personnes présentes dans le camp de Maratane. « L'idée, c'est qu'un réfugié devienne autosuffisant et que les activités menées, telles que la vente d'œufs ou les petits commerces, soient rentables à terme. »

Le projet d'élevage de volailles a commencé il y a trois mois. Treize familles ont alors reçu 100 poules. Ces familles utilisent quelques œufs pour leur propre consommation et en vendent 70 par jour, via World Relief, qui les commercialise à Nampula, une ville proche. L'argent récolté sert à rembourser l'achat des poulets, ainsi que la nourriture et les vaccins. Quatre autres familles engraissent des poulets, qui ont été auparavant élevés par les employés de World Relief et qui sont destinés à être vendus.

L'objectif du programme est que les familles puissent fonctionner de manière indépendante dans six mois, en les aidant pour la vente mais en leur laissant la charge de nourrir les animaux. L'argent ayant servi au lancement du projet remboursé par les participants à l'opération pourra alors être utilisé pour d'autres familles.

« Presque tout le camp souhaite participer. Nous avons enregistré environ 50 familles pour la prochaine session », a indiqué Ntambwe Mawunu. « Ce que nous voulons à terme, c'est un poulailler dans chaque maison pour que les familles subviennent à leurs propres besoins. »

Même si, du fait de son succès, le projet d'élevage de volailles occupe une place particulière parmi les programmes d'autosuffisance, il n'est qu'une des nombreuses activités qui ont été développées afin de prendre en compte la variété des profils que compte la communauté réfugiée. Le gouvernement a fourni 174 kilomètres carrés pour le camp, garantissant ainsi qu'une grande surface soit disponible pour ceux qui désirent se lancer dans l'agriculture. Les formations sur la culture du maïs ont pour but de diversifier les récoltes.

Les réfugiés peuvent aussi demander la permission du gouvernement d'habiter et de travailler partout au Mozambique, sauf à Maputo, la capitale située à quelque 2 300 kilomètres. Elle leur est généralement accordée sans délai. Les formations assurées dans le camp, qui vont de la soudure à l'informatique, ont été mises en place pour que les réfugiés trouvent un emploi.

A Nampula, quelques réfugiés ont monté des petits commerces. C'est tout particulièrement le cas des réfugiés rwandais et burundais, qui étaient souvent déjà commerçants dans leur pays. Un projet de microcrédit financé par l'UNHCR a repris après un début difficile. Des contrôles plus stricts permettent de repérer plus tôt les créances irrécouvrables et d'accorder des crédits supplémentaires aux réfugiés, principalement des femmes, qui commencent ou qui développent leur commerce.

Rose Muhimpundu, qui est arrivée du Burundi avec ses quatre enfants après la mort de son mari, raconte qu'elle ne veut pas rester au Mozambique et espère être réinstallée dans un pays tiers. Elle a toutefois souscrit un emprunt pour augmenter le stock de son magasin de vêtements.

Dans un autre quartier de Nampula, Marcel Yussuf Nsabimana, qui est arrivé du Rwanda il y a quatre ans avec sa femme et son enfant, rembourse son deuxième emprunt et prévoit d'en demander un troisième pour agrandir son magasin d'alimentation ou pour ouvrir un autre commerce. Tout en expliquant ses projets, il sert un flot régulier de clients mozambicains.

« Nous travaillons dur pour qu'ils deviennent autosuffisants », explique le docteur John Tabayi, responsable du bureau de l'UNHCR à Nampula qui gère le camp de réfugiés. « En fin de compte, plus personne n'aura besoin de recevoir de la nourriture et nous en serons fiers la dépendance n'est pas ce que nous souhaitons. »

Par Jack Redden au camp de réfugiés de Maratane, au Mozambique

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