Des Roms se rendent en Suède pour échapper à l'extrême pauvreté et à une discrimination dont ils disent souffrir en Hongrie

Articles d'actualité, 12 décembre 2006

© MTI Hongrie
Des demandeurs d'asile roms hongrois devant le centre de réception de Malmö, en Suède.

MOHACS, Hongrie, 12 décembre (UNHCR) Ces derniers mois, un nombre sans précédent de membres de la communauté rom de Hongrie a demandé l'asile en Suède, évoquant la pauvreté et une discrimination très répandue à leur égard dans les domaines du travail et de l'éducation dans leur pays.

Le nombre des arrivées a largement augmenté après qu'un premier groupe de 20 Roms hongrois originaires de Mohacs ait fui vers Malmö, en Suède, l'été dernier par un vol économique. Ils n'ont pas eu besoin de visa car les deux pays sont membres de l'Union européenne (UE). Lorsque leurs témoignages enthousiastes sur la bonne santé de l'économie et les avantages sociaux de la Suède sont arrivés en Hongrie, beaucoup d'autres ont décidé de faire le voyage à leur tour.

Entre janvier et novembre 2006, 356 citoyens hongrois ont demandé l'asile en Suède, selon les statistiques suédoises. Quelque 336 d'entre eux sont arrivés depuis la mi-octobre et la plupart, si ce n'est tous, seraient roms. « Quelques familles ont vendu tous leurs biens, y compris leurs télévisions et leurs meubles, pour pouvoir acheter un billet d'avion vers Malmö », a expliqué Istvan Kovacs, un représentant de la communauté rom.

Mais la Suède ne l'a pas entendu de cette oreille. A ce jour, ce pays a refusé 101 des demandes d'asile déposées, tandis que 87 candidats ont retiré leurs demandes d'asile. Certains ont été expulsés, mais leur nombre n'est pas connu. Des diplomates suédois ont été envoyés à Mohacs et dans d'autres villes du sud de la Hongrie fin novembre pour demander aux représentants roms de dissuader les membres de leurs communautés de venir chercher asile en Suède.

Les représentants suédois ont expliqué que la Suède et les autres Etats de l'UE sont tenus au respect du traité leur interdisant de donner le statut de réfugié à d'autres citoyens de l'UE, une position que conteste l'UNHCR. « C'est la question de la persécution et de la discrimination qui établit si quelqu'un est un réfugié. Ce n'est pas la nationalité de son pays d'origine », a expliqué le délégué régional adjoint de l'UNHCR, Michael Lindenbauer.

Cependant les Roms disent agir ainsi par désespoir, expliquant qu'ils font face à des difficultés pour trouver des emplois et recevoir une éducation convenable en Hongrie, un pays qui souffre d'un grave problème de déficit public depuis qu'il a rejoint l'UE il y a deux ans et qui met en œuvre de pénibles mesures d'austérité. Ils disent aussi que la position intransigeante adoptée par la Suède ne dissuadera pas d'autres Roms en Hongrie de rechercher l'asile à l'étranger.

« Seuls les plus démunis partent à l'étranger », a affirmé Sandor Csonka, la représentante de l'Association rom Lungo Drom à Mohacs, ajoutant que même ceux qui perçoivent le salaire minimum de 39 000 forints (200 dollars) par mois ne prendraient pas le risque de quitter leur emploi pour partir à l'étranger. « Ceux qui partent fuient un désespoir et une pauvreté extrêmes. »

Katalin, une jeune femme âgée de 27 ans, mariée et mère de deux enfants, fait partie de ceux qui se sont vus refuser la demande d'asile. Elle a été renvoyée de la Suède vers la Hongrie à la fin du mois dernier. « On nous a dit que nous n'étions pas des réfugiés car il n'y a pas de persécution en Hongrie. Je me demande si cela revient à de la persécution que mes [deux] enfants dorment chaque jour dans un appartement glacial je n'ai pas les moyens de chauffer. »

Elle a expliqué qu'il était très difficile de trouver un emploi dans le sud, et affirmé que des employeurs discriminent les Roms lorsqu'ils embauchent. Sandor Csonka et d'autres Roms soulignent aussi la discrimination dans l'éducation, des accusations reprises par les rapports commandés par le gouvernement.

« Nous avons été renvoyés de Suède, mais nous irons ailleurs pour chercher une vie meilleure dès que possible », a ajouté Katalin, dont la famille survit à peine grâce à l'argent reçu de la sécurité sociale, à peine trois dollars par personne et par jour.

L'UNHCR encourage plutôt la recherche de solutions sur place. « Nous sommes conscients de la discrimination que subissent les Roms et des nombreux problèmes graves auxquels ils doivent faire face, non seulement en Hongrie mais dans de nombreux autres pays d'Europe centrale et de l'est », a indiqué Lloyd Dakin, le délégué régional de l'UNHCR basé à Budapest. « Mais les problèmes auxquels les Roms sont confrontés devraient être réglés dans les pays d'origine. »

Le Gouvernement hongrois a annoncé des mesures en novembre dont l'objectif est d'endiguer ce flot, incluant l'allocation de 1,5 million de dollars à des projets de création d'emploi dans les régions du sud, où vit la plupart des Roms. Mais József Szekó, le maire de Mohacs, indique que cette somme ne pourra donner du travail qu'à 300 personnes pendant une année, alors qu'il y a 3 000 Roms uniquement dans sa ville.

Durant un forum organisé à Mohacs, fin novembre, pour les demandeurs d'asile roms renvoyés de Suède, un représentant du Ministère des affaires sociales et du travail a indiqué que le gouvernement avait réalisé à quel point les Roms de Hongrie faisaient face à « une situation grave » pour trouver du travail, et l'intolérance et la discrimination qu'ils subissaient sur leur lieu de travail. Il a indiqué qu'un plan pour l'emploi dans le service public soutenu par le gouvernement pourrait être une solution, ajoutant toutefois qu'il n'y avait pas assez d'argent pour fournir un emploi à chacun.

Sandor Csonka, la représentante de l'Association rom Lungo Drom à Mohacs, a ajouté que la situation actuelle lui rappelait l'exode de milliers de demandeurs d'asile roms, majoritairement vers le Canada, dans les années 90. « Les mesures d'austérité introduites par le gouvernement ont durement frappé les Roms », a-t-elle dit.

« Quand des milliers de Roms sont partis demander asile au Canada il y a dix ans, les raisons étaient similaires. Les Roms fuyaient alors la Hongrie simplement parce qu'ils souffraient de la faim », a ajouté Sandor Csonka. L'afflux vers le Canada prit fin lorsque ce pays commença à demander des visas d'entrée pour les Hongrois, ce que la Suède ne peut pas faire.

Par Andrea Szobolits à Mohacs, Hongrie

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