La forteresse Europe : un mur de plus en plus difficile à franchir

Articles d'actualité, 26 avril 2006

© HCR/M.Cierna
Des migrants et des demandeurs d'asile indiens et bangladais au centre de détention de Secovce, dans l'est de la Slovaquie. Les chiens de garde ont été récemment retirés, suite aux protestations des organisations humanitaires.

BUDAPEST, 20 avril (UNHCR) Les pittoresques montagnes des Carpates qui séparent l'Ukraine et la Slovaquie sont, malgré leur isolement, abondamment inspectées des deux côtés de la frontière. Cette route est, en effet, de plus en plus utilisée par les migrants et les réfugiés comme un point d'entrée dans l'Union européenne (UE).

Du côté ukrainien de la frontière, des gardes patrouillent jour et nuit, interceptant les personnes qui tentent de franchir illégalement la frontière. Elles sont en nombre croissant. Alors que seules 947 personnes avaient été interpellées à la frontière slovaquo-ukrainienne en 2003, elles étaient 2 274 l'année suivante et 4 486 en 2005. Les organisations non gouvernementales estiment que ces chiffres ne représentent qu'environ la moitié des individus qui tentent de passer la frontière. Selon les évaluations existantes, 80 pour cent de ceux qui échappent aux patrouilles ukrainiennes seraient ensuite arrêtés par les autorités slovaques.

Le nombre de personnes qui demandent l'asile du côté ukrainien de la frontière, dans la région de Zakarpattia (qui est le principal point d'entrée des clandestins dans l'Union européenne) a également beaucoup augmenté. En 2005, le nombre de demandes d'asile a été multiplié par quatre par rapport à 2004. Les 797 demandes qui ont été enregistrées représentaient 50 % du nombre total des demandes déposées en Ukraine en 2005. Malgré ces chiffres élevés, le taux global de reconnaissance du statut de réfugié en Ukraine était inférieur à 0,4 % en 2005. L'an passé, pas une seule personne ayant demandé asile dans la région de Zakarpattia n'a obtenu le statut de réfugié.

La majorité des personnes récemment interpellées viennent de pays tels que la Fédération de Russie (Tchétchènes), de Moldavie, de Géorgie, de la région du Caucase mais aussi de pays plus lointains comme la Chine, l'Inde, le Bangladesh et le Viet Nam.

Toutefois, dans les pays qui constituent la nouvelle frontière orientale de l'UE la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie et la Slovénie une nette diminution des demandes d'asile a été observée, en dépit du nombre croissant de personnes entrant dans l'union. Entre 2004 et 2005, leur nombre a chuté de 44 %, passant de 21 867 à 12 190 personnes.

« Nous savons que le flux comprend à la fois des demandeurs d'asile et des migrants économiques », indique Lloyd Dakin, délégué régional de l'UNHCR à Budapest. « Mais nous sommes extrêmement inquiets au sujet des systèmes stricts de contrôle aux frontières qui rendent le passage impossible même pour les réfugiés. »

Par conséquent, le bureau régional de Budapest prépare un projet majeur de surveillance des frontières pour les prochaines années qui incluera les frontières terrestres, les ports et les aéroports.

En accord avec la pratique européenne, la politique et le financement du gouvernement ukrainien se concentrent davantage sur la prévention de la migration irrégulière et les contrôles aux frontières. Ces dernières années, l'Ukraine a développé une législation, des institutions et des structures, avec pour objectif de construire un système d'asile efficace. Mais les problèmes continuent concernant le respect des standards du droit international dans l'interprétation de la législation nationale. Le traitement des détenus et les conditions carcérales restent déplorables, à cause d'affectations inadéquates du budget de l'Etat.

Par exemple, dans la région de Zakarpattia, le partenaire de l'UNHCR, la Fondation NEEKA, et d'autres organisations humanitaires doivent fournir de la nourriture, des médicaments, des vêtements, des moyens de transport, des conseils juridiques et sociaux, des interprètes. Ils doivent même financer la location de l'hôtel ou de l'abri pour les demandeurs d'asile qui ont entamé une procédure, afin qu'ils reçoivent au moins le traitement minimum.

Juste de l'autre côté de la frontière avec l'Ukraine, en Slovaquie, les réfugiés et les migrants, y compris les familles avec des petits enfants, sont maintenus dans des centres de détention jusqu'à six mois. Au centre de détention de Secovce dans l'est de la Slovaquie, les détenus sont autorisés à faire de l'exercice à l'extérieur pendant une demi-heure, deux fois par jour, dans une cour entourée de fil de fer barbelé. Les chiens de garde ont été récemment retirés après les protestations des organisations humanitaires. Les demandeurs d'asile reçoivent de la nourriture et des soins médicaux. Des travailleurs sociaux et des avocats peuvent leur rendre visite.

© HCR/M.Cierna
Des migrants et des demandeurs d'asile indiens et bangladais au centre de détention de Secovce, dans l'est de la Slovaquie. Les chiens de garde ont été récemment retirés, suite aux protestations des organisations humanitaires.

Hassan a fui son pays natal, la Tchétchénie, et a réussi à rentrer dans l'Union européenne. Il est actuellement au centre de détention de Secovce. « Je ne veux tuer personne », dit-il, « ni mes compatriotes tchétchènes, ni les Russes. Mais vivre dans mon pays est impossible. Et partout ailleurs, ils vous disent : vous êtes Tchétchène, alors vous êtes un terroriste. »

Cependant ceux qui sont interceptés n'échouent pas tous, semble-t-il, au centre de détention. L'UNHCR a reçu des rapports alarmants selon lesquels quelques Tchétchènes qui étaient entrés sur le territoire de l'Union européenne, en traversant clandestinement la frontière depuis Zakarpattia vers la Slovaquie, se sont vus illégalement refuser l'accès aux procédures d'asile dans ce pays. Au lieu d'être protégés, ces groupes ont été expulsés et ré-admis en Ukraine, puis refoulés vers la Fédération de Russie.

En théorie, chaque personne réclamant l'asile devrait pouvoir accéder à une procédure d'asile, être relâché du centre de détention et voir sa demande étudiée, que ce soit en Slovaquie ou en Ukraine. Mais avec le mélange de migrants et de demandeurs d'asile, ainsi que de criminels impliqués dans le racket lucratif de la traite d'êtres humains, les administrations responsables de l'application des lois se concentrent plutôt sur l'arrêt de la migration irrégulière plutôt que l'assistance aux demandeurs d'asile.

L'UNHCR indique que de meilleurs systèmes sont nécessaires pour que les demandeurs d'asile reçoivent l'aide et la protection auxquelles ils ont droit dans le cadre de la législation internationale.

« La seule façon de distinguer les demandeurs d'asile de ceux qui ne le sont pas revient aux autorités qui peuvent agir et décider selon chaque cas individuellement », ajoute Lloyd Dakin. « Ce n'est pas aux gardes frontière ou à d'autres forces de sécurité de prendre ce type de décision. »

Par Melita Sunjic à Budapest, et Natalia Prokopchuk à Kiev

• FAITES UN DON •

 

• COMMENT NOUS AIDER • • RESTEZ INFORMÉS •
Asile et migration

Asile et migration

Tous dans le même bateau : les défis de la migration mixte à travers le monde.

Migration mixte

Les migrants diffèrent des réfugiés, mais ces deux populations voyagent parfois côte à côte.

Magazine Réfugiés N° 148

Magazine Réfugiés N° 148

Réfugié ou migrant ? Pourquoi cette question compte

Migration internationale

Le lien qui existe entre les mouvements de réfugiés et les migrations plus larges fait l'objet d'une attention croissante.

Liens Internet autour de ce thème

Le HCR n'est pas responsable du contenu et de la disponibilité des sites Internet externes

Déplacement, handicap et incertitude en Ukraine

A ce jour, environ 275 500 personnes sont déplacées internes à cause des combats en Ukraine. Parmi elles, certaines vivent avec un handicap comme Viktoria, 41 ans, et son mari Aleksandr, 40 ans, qui souffrent tous deux de paralysie cérébrale. La vie est déjà difficile dans des conditions normales pour ce couple qui a également deux garçons : Dima, 20 ans, et Ivan, 19 mois. Mais aujourd'hui c'est une véritable lutte.

Fin juillet, les bombardements sur la ville de Donetsk, à l'est de l'Ukraine, ont forcé Viktoria et Aleksandr à fuir vers la région voisine de Kharkiv. Peu après, les médicaments de Viktoria ont commencé à manquer. Recherchant désespérément de l'aide, Aleksandr a appelé la Fondation Rinat Akhmetov qui leur a trouvé un moyen de transport et un hébergement à Kharkiv.

De là-bas, ils ont été transférés au camp d'été de Promotei situé près de la ville de Kupiansk. La forêt, le grand air et le lac à proximité du camp leur ont offert un environnement parfait pour passer l'été. Mais, comme les 120 autres personnes déplacées à l'intérieur du pays (déplacés internes) vivant dans cet endroit, Viktoria et Aleksandr ne pensaient qu'à leur maison. Ils espéraient rentrer avant l'automne. Mais l'automne est vite arrivé et cette option s'éloigne.

Aujourd'hui, le retour à Donestsk n'est toujours pas sûr. En outre, le camp n'a pas été préparé pour l'hiver qui approche et l'administration a demandé aux personnes de partir d'ici le 15 octobre. Viktoria et Aleksandr ne savent pas où aller avec leur jeune fils. Les photos du couple et de leur plus jeune fils ci-dessous ont été prises par Emine Ziyatdinova.

Déplacement, handicap et incertitude en Ukraine

Un adolescent en exil

Comme tous les pères avec leurs fils, Fewaz et Malak ont parfois du mal à coexister. Une nouvelle coupe de cheveux et une cigarette en cachette peuvent déjà créer des tensions dans le petit appartement qui est leur chez-soi. Malgré cela, un lien puissant les unit : ces réfugiés syriens ont été bloqués pendant près d'un an dans un quartier pauvre d'Athènes.

Ils avaient auparavant fui leur maison avec le reste de la famille durant l'été 2012, après que la guerre ait commencé à tourmenter leur paisible vie. Depuis la Turquie, ils avaient tenté plusieurs fois la traversée périlleuse pour entrer en Grèce.

Malak, treize ans, a été le premier à passer la frontière marquée par le fleuve Evros. Mais Fewaz, sa femme et leurs deux autres enfants n'ont pas eu cette chance en mer. Ils avaient remis toutes leurs économies d'une vie pour tenter la traversée périlleuse de la Méditerranée. Ils ont été refoulés par les gardes-côtes grecs.

Lors de leur sixième tentative, le reste de la famille a traversé la frontière et le fleuve Evros. Sa femme et ses deux enfants ont rejoint l'Allemagne, mais Fewaz est parti vers Athènes pour retrouver Malak.

«Quand j'ai enfin vu mon père à Athènes, les mots ne suffisent pas pour décrire ma joie », dit Malak. Cependant, l'adolescent était hanté par le fait de perdre à nouveau son père. « Je crains que mon père soit arrêté, que ferais-je sans lui ? »

Jusqu'au regroupement de la famille, Malak et son père restent ensemble et se serrent les coudes. Le garçon apprend à se débrouiller en grec. Et Fewaz commence à s'habituer à la coupe de cheveux de son fils.

Un adolescent en exil

Sauvetage en mer

L'été, avec son beau temps et une mer plus calme, est souvent le théâtre d'une hausse du nombre de personnes risquant leur vie pour traverser la Méditerranée et demander l'asile en Europe. Cette année, les chiffres ont toutefois augmenté dans une proportion stupéfiante. En juin, les opérations de recherche et de sauvetage Mare Nostrum ont permis de retrouver des passagers désespérés au nombre de plus de 750 par jour.

A la fin juin, le photographe du HCR Alfredo D'Amato est monté à bord du San Giorgio, un bâtiment prenant part au volet italien de l'opération navale, afin de recueillir des informations sur le processus de sauvetage - y compris depuis la première observation de bateaux à partir d'un hélicoptère militaire, le transfert des passagers vers de petits bateaux de sauvetage puis le vaisseau de la marine et, enfin, leur retour sur la terre ferme dans les Pouilles, en Italie.

Le 28 juin en l'espace de six heures seulement, l'équipage a porté secours à 1 171 personnes qui se trouvaient à bord de quatre embarcations surchargées. Plus de la moitié sont originaires de la Syrie déchirée par la guerre, avec, pour la plupart, des familles et de grands groupes. D'autres arrivent depuis l'Erythrée, le Soudan, le Pakistan, le Bangladesh, la Somalie et au-delà. Les photos de A. D'Amato et les interviews qui les accompagnent mettent en lumière la vie de ces personnes dont la situation, dans leur pays, était devenue précaire au point de mettre leur vie en péril.

Sauvetage en mer

Réfugiés syriens : L'attente à LampedusaPlay video

Réfugiés syriens : L'attente à Lampedusa

L'année dernière, plus de 13 000 personnes sont arrivées à Lampedusa en Italie. Beaucoup d'autres sont mortes durant la tentative de traversée. De jeunes hommes originaires du continent africain aux familles syriennes…. Tous partagent le même rêve…. de sécurité et de stabilité en Europe.
Grèce: Rude accueil en EuropePlay video

Grèce: Rude accueil en Europe

Mojahed est finalement arrivé en Grèce après un voyage long et périlleux depuis son village natal au Darfour, au Soudan. Mais les conditions de vie à Patras sont épouvantables.