L'éducation gratuite à Cuba, une chance pour les réfugiés

Articles d'actualité, 20 avril 2006

© HCR

LA HAVANE, 6 avril (UNHCR) Le curriculum vitae de Marie-Rose est impressionnant. Cette frêle jeune femme est littéralement bardée de diplômes qu'elle a obtenus depuis son arrivée à Cuba, où elle est l'unique réfugiée burundaise. Aujourd'hui âgée de 34 ans, elle a notamment acquis des compétences dans des domaines aussi variés que l'espagnol, l'italien, l'informatique, les massages, la négociation et le secrétariat.

« Etant donnée les nombreuses options qu'offre Cuba et la gratuité de l'éducation, ce serait dommage de ne pas mettre à profit cette chance unique », explique-t-elle. Désireuse d'utiliser au mieux le temps qu'elle passe sur l'île, Marie-Rose est d'ores et déjà en train de réfléchir au prochain cours qu'elle va suivre à l'université de la Havane.

Après des décennies de sanctions imposées par les Etats-Unis et la chute du bloc communiste qui lui fournissait auparavant un soutien massif, Cuba est confrontée à des difficultés économiques. Ce pays reste pourtant réputé pour la qualité et la gratuité de ses soins de santé et de son éducation. Les quelque 700 réfugiés présents sur l'île en bénéficient eux aussi.

Marie-Rose est arrivée à Cuba en avril 2004. D'origine tutsie, elle a fui le Burundi après l'assassinat de sa sœur et de sa famille par les rebelles hutus. Elle est arrivée seule sur l'île, laissant derrière elle un mari et des enfants. Il n'y avait pas assez d'argent pour payer le voyage à toute la famille. Bien que son mari ait dû être amputé d'une jambe après avoir été gravement battu, ils ont décidé que ce serait Marie-Rose qui partirait car elle était la plus exposée au danger.

Les réfugiés n'ont pas le droit de travailler à Cuba. Beaucoup d'entre eux dépendent de la petite allocation que leur accorde l'UNHCR pour les aider à survivre. Ceux qui habitent dans les zones urbaines sont logés dans des maisons privées. Ils y disposent d'une chambre et ont accès à une cuisine et à une salle de bains. Mais, les restrictions budgétaires qui pèsent sur l'UNHCR contraignent l'agence humanitaire à réduire constamment les dépenses consacrées aux réfugiés comme Marie-Rose. Les plus ingénieux d'entre eux trouvent, à l'image des Cubains eux-mêmes, moyen de profiter des produits subventionnés.

« A Cuba, les gens sont vraiment chaleureux et généreux. Il existe une véritable entraide. Même s'il me faut passer beaucoup de temps au marché pour trouver de la nourriture pas trop chère, je leur suis très reconnaissante », dit-elle en parcourant d'un regard satisfait son appartement décoré de plantes vertes bien entretenues.

Ramin a lui aussi traversé une bonne partie du globe pour arriver à Cuba en 2000. Il n'avait encore que 14 ans et fuyait le régime répressif des taliban en Afghanistan.

« J'étais pratiquement illettré quand j'ai débarqué à Cuba, mais j'ai eu la chance de suivre une formation dans un lycée technique dont je suis maintenant diplômé. J'ai aussi appris l'anglais et l'espagnol », explique Ramin. Il vit aujourd'hui en Finlande, où il a été réinstallé en 2005.

Les 697 réfugiés de Cuba relèvent tous du mandat de l'UNHCR. Cela signifie que leur statut de réfugié leur a été octroyé par l'UNHCR et non par le Gouvernement cubain, qui n'est pas signataire de la Convention sur les réfugiés et ne dispose pas de mécanisme de reconnaissance des réfugiés. Ce statut permet aux réfugiés de bénéficier temporairement de l'asile à Cuba pendant que l'UNHCR, qui opère sur place avec des effectifs réduits, cherche des pays qui les accepteront de manière permanente.

Après cinq années passées à Cuba, Ramin et sa famille sont ainsi partis pour la Finlande. Il leur fallu un temps d'adaptation en arrivant dans leur nouveau pays d'accueil.

« C'est comme si tu vivais dans un four et que tu t'installais brusquement dans un frigidaire », explique-t-il. Mais le choc ne vient pas seulement du changement de température. « Cuba et la Finlande sont des pays vraiment différents. Ici, les gens sont très calmes ; vous pouvez à peine vous rendre compte qu'il y a des gens autour de vous. Ils sont aussi très timides et ne se lient pas facilement d'amitié, mais ce sont des gens vraiment gentils et honnêtes. »

Quand Ramin a quitté Cuba, il était en train de suivre une formation pour devenir dentiste auprès de l'université de la Havane. Ses ambitions ont changé et il a déposé une candidature pour étudier le droit international. « J'espère que je réussirai cet examen. J'aimerais vraiment travailler dans une organisation comme l'UNHCR et aider des milliers de personnes dans le besoin. »

Quant à Marie-Rose, elle vit toujours à Cuba, dans l'attente d'être réinstallée dans un autre pays. « Je voudrais retrouver mon mari et mes trois enfants », explique-t-elle en dissimulant derrière un sourire le souvenir des menaces et des agressions physiques subies avant sa fuite. Marie-Rose est impatiente de recommencer une nouvelle existence. « Nous aurons une vie meilleure et j'ai bon espoir de pouvoir mettre en pratique tout ce que j'ai appris à Cuba », déclare-t-elle dans un espagnol impeccable.

Par Marion Hoffmann et Mariana Echandi à Cuba et Mexique

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