Le Haut Commissaire du HCR et le Haut Commissaire assistant appellent la communauté internationale à s'intéresser aux conflits africains oubliés

Articles d'actualité, 6 mars 2006

© HCR/K.McKinsey
Le Haut Commissaire António Guterres à un centre nutritionnel pour soigner les enfants malnourris, au Burundi, la semaine dernière. Le Haut Commissaire appelle à une approche coordonnée pour répondre aux nombreux défis dans la région des Grands Lacs.

GENEVE, 6 mars (UNHCR) De retour à Genève après une visite d'une semaine dans la région des Grands Lacs, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres, a lancé un appel à la communauté internationale lundi pour qu'elle renforce son soutien à cette région africaine, aujourd'hui à la croisée des chemins de son histoire tourmentée.

« Ma première impression est teintée d'espoir », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Genève, à laquelle participait également Judy Cheng-Hopkins, nouveau Haut Commissaire assistant de l'UNHCR, elle-même récemment rentrée d'une mission au Tchad. « La capacité de résilience des gens rend possible ce qui relèverait du miracle ailleurs. Je lance un appel à la communauté internationale pour qu'elle favorise l'émergence des conditions permettant de concrétiser ces espoirs par un engagement accru dans les mois et les années à venir. »

La semaine dernière, le Haut Commissaire a visité la République démocratique du Congo (RDC), le Rwanda, le Burundi et la Tanzanie. Dans ces trois premiers pays, il faisait partie d'une mission conjointe effectuée en compagnie des chefs des deux autres plus importantes agences humanitaires des Nations Unies, James Morris du Programme alimentaire mondial (PAM) et Ann Veneman de l'UNICEF, le fonds pour l'enfance.

La délégation s'est d'abord rendue en RDC, où le Haut Commissaire a indiqué que des violations massives des droits humains se poursuivaient dans certaines provinces de l'est du pays en raison d'une situation politique très précaire.

« D'après les estimations les plus basses dont je dispose, et sachant que d'autres plus élevées existent », a-t-il dit, « le nombre de viols commis en 2005 dans l'est de la République démocratique du Congo seraient de 25 000. C'est absolument intolérable dans le monde d'aujourd'hui. »

Le Haut Commissaire a souligné l'importance de soutenir les efforts du gouvernement congolais pour mettre en place une armée nationale disciplinée et bien entraînée afin d'améliorer la situation des droits humains dans le pays.

« Actuellement », a-t-il ajouté, « les forces armées sont un facteur important d'insécurité : non seulement elles n'assurent pas la sécurité, mais elles sont l'auteur de violations des droits humains. La communauté internationale doit faire plus pour aider le gouvernement à former et à discipliner son armée pour y parvenir, il a besoin d'argent pour payer le salaire des soldats et des vivres pour les nourrir. »

António Guterres a aussi insisté sur la nécessité d'adopter une approche coordonnée afin de trouver des solutions pour la région, qui accueille des centaines de milliers de réfugiés et a été le théâtre des pires violences et atrocités depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans la seule RDC, on estime les pertes en vie humaine à 4 millions au cours de ce conflit.

Le Haut Commissaire a aussi indiqué qu'une approche globale était indispensable non seulement sur le plan politique, mais aussi dans le domaine humanitaire, soulignant que cette première mission conjointe était le signe évident de l'engagement des Nations Unies pour le travail d'équipe. Il a donné l'exemple de la sécheresse qui sévit actuellement dans l'est et le centre de l'Afrique pour expliquer pourquoi une approche concertée entre les différentes agences humanitaires est d'une importance capitale.

« Les nombreuses situations de déplacement que nous gérons aujourd'hui, et je parle de dizaines de milliers de personnes concernées, résultent non de la persécution ou du conflit mais de la famine », a-t-il dit, ajoutant que l'UNHCR et le PAM auront besoin de travailler ensemble encore plus étroitement sur cette question. « Nous devons nous attaquer à la question de la sécurité alimentaire pour éviter le déplacement. Les gens ne devraient pas avoir à quitter leur pays afin de recevoir une assistance, mais souvent il est plus facile pour les Burundais de trouver de quoi se nourrir dans un camp de réfugiés en Tanzanie plutôt que dans leur village au Burundi. »

Judy Cheng-Hopkins, nouvellement nommée Haut Commissaire assistant pour les opérations de l'UNHCR, s'est aussi exprimée lors de la conférence de presse de lundi. Madame Cheng-Hopkins vient juste d'achever une mission de six jours au Tchad, la première depuis sa nomination mi-février. L'UNHCR gère 12 camps à l'est du Tchad, accueillant plus de 200 000 réfugiés originaires de la région du Darfour au Soudan.

Après plus de trois ans de violence et de persécution, la fuite des Soudanais du Darfour continue, avec plus de 100 Soudanais arrivant chaque jour au camp de Gaga dans l'est du Tchad.

Le flux massif de réfugiés vers l'est du Tchad, l'une des régions les plus pauvres et les plus arides au monde, est très problématique pour le pays d'accueil, a indiqué Judy Cheng-Hopkins.

« Nous devons reconnaître que la présence des réfugiés cause un dommage pour l'environnement », a-t-elle ajouté. « Le manque d'eau, le manque de bois, et nous parlons des besoins les plus basiques, causent des tensions avec la population locale. Nous devons nous concentrer sur des projets qui aident les communautés hôtes aussi bien que les réfugiés. »

Le Haut Commissaire assistant a aussi exprimé sa préoccupation quant à la tendance inquiétante qui se profile dans le sud du Tchad, où des milliers de réfugiés sont arrivés de la République centrafricaine (RCA) au cours des derniers mois.

« Dans un pays aussi fragile que le Tchad, nous ne pouvons pas vraiment nous permettre d'avoir deux zones d'insécurité, l'une située à l'est et l'autre au sud, avec des chassés-croisés entre les frontières des différents pays », a-t-elle affirmé, qualifiant la situation en République centrafricaine comme étant l'une des urgences les plus oubliées au monde.

Depuis le milieu de l'année dernière, des milliers de personnes ont fui l'insécurité grandissante dans le nord de la République centrafricaine, causée par un mélange de rébellions armées contre le gouvernement de Bangui, de représailles militaires contre les villages du nord soupçonnés de cacher les insurgés et de banditisme très répandu.

« Pour le moment, il y a quelque 47 000 réfugiés originaires de République centrafricaine dans le sud du Tchad », a-t-elle encore expliqué. « La communauté internationale doit agir maintenant plutôt que laisser la situation au sud et en République centrafricaine se dégrader au point de connaître un autre Darfour. Nous ne pouvons vraiment pas nous le permettre. »

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