Des villages submergés de Nias reconstruits avec l'aide du HCR

Articles d'actualité, 22 décembre 2005

© HCR/J.Perugia
Réunion impromptue entre l'UNHCR et les représentants du village sur la plage à Tagaule, l'un des trois villages submergés sur l'île de Nias.

ILE DE NIAS, Indonésie, 22 décembre 2005 (UNHCR) Déjà détruite par le tsunami de l'océan Indien le 26 décembre 2004, l'île de Nias au large des côtes de Sumatra en Indonésie a été une nouvelle fois touchée trois mois plus tard par un tremblement de terre mortel d'une magnitude de 8,7. Tuant près d'un millier de personnes et laissant des milliers d'autres blessées et sans abri, le séisme a également précipité trois villages isolés dans la mer. Maintenant, avec l'aide de l'UNHCR, les villages submergés sont en cours de reconstruction.

La nuit où le tremblement de terre a frappé, les habitants terrifiés, déjà traumatisés par le tsunami, se sont rués pour attraper leurs enfants et fuir pour sauver leur vie dans les collines. Mais dans les villages isolés de pêcheurs de Tagaule, Botohaenga et Bozihona, à quelque 40 km au sud de la capitale Gunung Sitoli dans la partie sud-est de l'île, les villageois ont connu une autre horreur.

« L'eau est apparue depuis la terre comme une immense marée montante », raconte Yutimina originaire du village de Bozihona, qui était en train de dormir avec son mari et ses cinq enfants quant le tremblement de terre a eu lieu. « L'eau est entrée partout, depuis tous les fissures dans la terre et a emporté le village en une heure », ajoute-t-elle.

Un des enfants a disparu. Avec un autre enfant inconscient âgé de 4 ans, Yutimina, son mari et ses autres enfants ont couru depuis leur village inondé, évitant les arbres arrachés et se disant qu'ils vivaient la fin du monde.

Dans le village isolé de Tagaule, Immunuddin Aceh, 70 ans, qui vivait avec sa fille et sa famille a lui aussi connu cette dramatique expérience. Avec la seule lanterne de la maison cassée par les secousses, il a cherché à tâtons sa petite fille, alors que la famille avait déjà fui pour se mettre en sécurité. Soudain, la maison a commencé à se remplir avec de l'eau venant de tous les trous du sol. Quelques instants, plus tard, la maison était emportée par une grosse vague de plus de 8 mètres.

Alors que l'eau se retirait trop vite pour pouvoir s'échapper, Immunuddin s'est agrippé à un tronc de cocotier quasi-submergé. Depuis son refuge au sommet de son cocotier, il a entendu des cris de détresse des animaux pris dans la catastrophe, apeuré par la survie de sa famille et pleurant quand il a réalisé que le chat qu'il avait vu sur un autre cocotier, avait disparu. Priant tout le temps, il s'est cramponné à l'arbre pendant cinq heures avant d'être secouru.

La puissance des forces géologiques qui créée les tremblements de terre a bouleversé deux côtés de l'île de Nias, la côte sud-est de l'île a baissé de deux mètres alors que la côte sud-ouest a été soulevée. Dans certains endroits, le littoral a avancé de 200 mètres à l'intérieur des terres. Les 3 villages de Tagaule, Botohaenga et Bozihona sur la côte sud-est de l'île, ont été à moitié submergés.

Quatre disparus ont été comptés dans les trois villages, mais des centaines ont été blessés, sans-abri et dépourvus de tout. Les maisons ainsi que les centres de santé, les écoles, les mosquées, les églises et les centres communautaires ainsi que les bateaux de pêche ont été perdus lors de la catastrophe. Avec la plupart des villages rendus seulement accessibles à pied ou en canoë, apporter de l'aide humanitaire ne fut pas tâche facile.

Des jours avant que le tremblement de terre ne touche Nias, l'UNHCR avait commencé à se retirer après les opérations d'urgence liées au tsunami dans la province d'Aceh à Sumatra. Mais avec un bureau de logistique toujours opérationnel à Medan, l'agence pour les réfugiés a rapidement envoyé des tentes et des matériels de secours à Nias pour aider la population sinistrée.

Certains habitants des trois villages submergés habitent toujours dans des camps de tentes pour personnes déplacées. Récemment, l'UNHCR a distribué de nouvelles tentes pour remplacer les plus vieilles, déchirées et abîmées par le climat tropical. Des villageois vivant dans les camps et ceux qui vivent dans des familles d'accueil ou dans des maisons partiellement endommagées, ont réussi à reprendre une vie presque normale et espèrent retourner dans leur maison. C'est effectivement ce qui se passe.

Dans une opération commune, l'UNHCR, ses partenaires et les villageois eux-mêmes après avoir été formés, sont en train d'aider les communautés submergées à reconstruire quelque 300 maisons. Le travail a commencé en novembre 2005 et devrait se poursuivre pendant toute l'année 2006.

« Les villages ont été choisis en particulier à cause de leur isolement et de leur difficulté d'accès », dit Reko Hasegawa, en charge des opérations de l'UNHCR à Nias. « Il n'y a pas de doute que c'est un défi très important de mener ce projet à son terme, mais la confiance et la détermination incroyables des villageois pour reprendre une vie normale nous inspire tous, et nous rappelle que c'est le travail le plus important à faire. »

Fournir du bois et du matériel à ces villages est un exercice de logistique important. Bozihona est le seul village accessible par la route, Botohaenga et Tagaule le sont seulement à pied ou en canoë. De difficiles questions de propriété foncière pour ceux qui étaient propriétaires d'une maison submergée sont en voie de résolution.

L'UNHCR travaille avec une organisation non gouvernementale japonaise, l'Association des Médecins d'Asie (AMDA) et le corps gouvernemental indonésien de coordination, Badan Rehabilitasi dan Rekonstruksi NAD-Nias (BRR) sur le projet de reconstruction.

De plus, pour le projet « villages submergés », l'UNHCR achètera et importera à Nias environ 20 000 m3 de bois pour une distribution gratuite aux quelques 13 agences qui travaillent à la réhabilitation des maisons sur l'île suffisamment pour construire environ 3 500 à 4 000 maisons. Ce partenariat avec les agences, coordonné par BBR, permettra de travailler ensemble avec les gens de Nias, pour les aider à reconstruire leur vie.

« Fournir du bois collecté légalement avait été identifié par les agences impliquées à Nias comme l'obstacle premier pour aller de l'avant vers une réhabilitation à grande échelle, aussi nous avons convenu ensemble de relever ce défi », a expliqué Gregory Garras, délégué de l'UNHCR à Medan.

« Le bois que nous achetons viendra de fournisseurs légitimes que nous avons identifiés à Kalimantan. Nous envoyons une équipe d'inspection de cinq personnes vers les scieries isolées pour s'assurer que nous aurons ce pourquoi nous avons payé », ajoute Gregory Garras.

Les premières cargaisons par bateau contenant du bois de Kalimantan doivent arriver à Nias fin décembre. Au total, l'ensemble de ce bois devrait coûter plus de 4 millions de dollars, plus de 10 % des fonds donnés à l'UNHCR pour les secours après le tsunami et le travail de reconstruction de la province indonésienne d'Aceh et sur l'île de Nias. Quelque 39 millions de dollars ont été disponibles pour l'opération de secours après le tsunami en Indonésie.

Pour les gens des villages submergés qui vivent toujours sous la tente, les signes de reconstruction sont les bienvenus. Samsider Hulu, enceinte au moment du tremblement de terre et vivant avec son mari, son grand-père et ses deux enfants sur la plage de l'île est reconnaissante.

« Si l'UNHCR n'était pas venu, cela aurait pris très longtemps pour nous d'habiter à nouveau dans une maison, merci d'être venus nous aider à préparer ce moment », dit-elle.

Par Janine Ward, Sur l'île de Nias

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