Au cœur de l'Afrique, multiples mouvements de retour

Articles d'actualité, 9 août 2005

© HCR/J.Hesemann
Des réfugiés angolais attendent de rentrer chez eux depuis la ville de Kisenge dans le sud de la RDC.

UVIRA, République démocratique du Congo, 9 août (UNHCR) : Le long de la frontière de la République démocratique du Congo (RDC), un pays vaste comme toute l'Europe, les réfugiés sont prêts pour le départ. Les Congolais qui avaient trouvé refuge dans les pays voisins rentrent maintenant dans les régions relativement stables de la RDC. Et les réfugiés qui avaient été accueillis en RDC sont rapatriés vers leur terre natale.

Quelques réfugiés en Afrique, tels les Angolais qui avaient quitté la région de Kasangulu, au sud de Kinshasa, la semaine dernière pour rentrer à Mbanza Congo dans la province Zaïre au nord de Luanda, étaient en exil depuis 30 ans, voire plus. Dans plusieurs pays africains, la principale responsabilité de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés est de protéger, nourrir et loger les réfugiés qui ont passé des décennies dans les camps de réfugiés.

Mais la mission de l'UNHCR en RDC est différente. « Elle consiste à rapatrier les réfugiés chez eux », explique Aïda Haïle Mariam, déléguée adjointe de l'UNHCR pour les opérations en RDC. « Je pense que c'est la plus belle des opérations de l'UNHCR au monde. »

En effet, plusieurs mouvements de réfugiés ont démarré : l'un vers la République démocratique du Congo depuis la République centrafricaine, la République du Congo, la Zambie et la Tanzanie, et l'autre depuis la RDC vers le Rwanda, le Burundi, l'Angola et le Soudan.

Dans la province de l'Equateur, dans le nord-ouest de la RDC, les réfugiés sont rentrés chez eux avec l'aide de l'UNHCR depuis la République centrafricaine et la République du Congo. Jusqu'à présent, quelque 1 900 personnes sont rentrées depuis la République centrafricaine et quelque 2 500 de la République du Congo. Ces petits nombres masquent les grands défis logistiques de ces deux opérations.

Les routes sont quasiment inexistantes dans la région, des pluies torrentielles sont fréquentes et le voyage peut durer près de 10 heures pour effectuer 100 km par la route. Pour ces raisons, l'agence pour les réfugiés a organisé plusieurs modes de transport pour les rapatriements, dont le bateau pour franchir la rivière Ubangui, les camions pour traverser les forêts denses, et les avions quand des pistes d'atterrissage de fortune existent et où il n'y a pas d'autres moyens d'accès.

Au sud de la RDC, quelque 42 000 Angolais sont rentrés chez eux avec l'assistance de l'UNHCR depuis le début des opérations de rapatriement volontaire en 2003. Quelque 22 000 Angolais sont toujours dans des camps et des installations en RDC et on estime à 72 000 les Angolais vivant intégrés aux communautés locales.

Les premiers de ces Angolais vivant en dehors des camps et des installations sont rentrés depuis Kasangulu vers Mbanza Congo dans la province du Zaïre cette semaine, avec un total de 2 000 Angolais prévus pour rentrer depuis le sud de Kinshasa dans les quatre à cinq semaines à venir.

Malgré une bonne intégration en RDC depuis des décennies, les Angolais sont en général très heureux de mettre fin à leur exil. « J'ai pris place dans un convoi depuis Kisenge en RDC vers Luau en Angola à bord duquel les réfugiés ont chanté tout le long de leur voyage de retour sur plus de 100 km », se souvient Haïle Mariam.

De l'autre côté de la RDC, l'UNHCR envoie du personnel dans les forêts denses et des endroits éloignés du Nord et du Sud-Kivu pour encourager activement les Rwandais à rentrer chez eux après 11 ans d'exil. Quelque 4 900 ont accepté cette offre cette année, portant le chiffre à plus de 78 000 Rwandais rentrés depuis la RDC avec l'assistance de l'UNHCR depuis 2000.

Ces rapatriements sont organisés par l'UNHCR, mais parfois les réfugiés eux-mêmes devancent l'agence pour les réfugiés. Au Sud-Kivu, particulièrement, et le long de la frontière avec la Zambie, les réfugiés congolais rentrent chez eux par leurs propres moyens après des années d'exil, et en plus grand nombre qu'ailleurs dans le pays où l'UNHCR organise le rapatriement.

« Certainement, cela sera bénéfique pour le pays si les réfugiés rentrent », indique Haïle Mariam à Kinshasa. « S'ils retournent chez eux en grand nombre, le pays s'en trouvera plus sécurisé et la communauté internationale mettra en place des projets de développement. »

Cela ne peut être qu'une bonne nouvelle pour toute la région des Grands Lacs, elle ajoute : « La stabilité en RDC signifie la stabilité pour 10 pays de la région. »

Le retour de plus de 10 000 Congolais depuis les camps en Tanzanie par leurs propres moyens, dans des bateaux de fortune sur l'immense Lac Tanganyika a précipité l'UNHCR dans l'organisation de camions pour la dernière étape du voyage vers leurs villages, bien que l'agence ne soit pas convaincue des conditions de sécurité pour le retour dans cette région.

Les réfugiés eux-mêmes obligent en fait l'agence à organiser les retours. « A l'examen de la situation dans l'est de la RDC, nous ne voyons pas de circonstances propices au retour et nous n'encouragerons pas les réfugiés à quitter leur pays d'asile », a indiqué Ron Redmond, le porte-parole de l'UNHCR aux journalistes le mois dernier à Genève. « Mais nous pourrions aider ceux qui insistent pour rentrer en utilisant nos bateaux et nos camions. Cette question est encore à l'étude. »

Dans les villages du Sud-Kivu à leur descente des camions de l'UNHCR, les rapatriés congolais sont accueillis par les embrassades, les chants, les danses, les applaudissements et les cris de joie de leurs amis et proches, profondément émus.

« C'est un plaisir de voir ces personnes arriver », s'exclame un officier de sécurité de la ville de Fizi, au sud d'Uvira.

« Nous vous demandons de faire en sorte que davantage de gens rentrent », a récemment demandé Josué Mmelelwa, maire de Baraka, une petite ville dans le territoire de Fizi, au sud d'Uvira, à un employé de l'UNHCR.

En raison de la réduction des denrées alimentaires et des services dans les camps en Tanzanie, « les gens souffrent là-bas », poursuit-il. « Ils ont besoin de rentrer dans leurs villages, mais nous n'avons aucun moyen pour les aider. Nous ne pouvons même pas assurer le transport. Davantage d'entre eux rentreraient si des moyens de transport étaient disponibles. »

Saïdi Kashindi est âgé de 17 ans, il est récemment rentré chez lui par ses propres moyens depuis un camp de Tanzanie parce que, dit-il, il veut contribuer au relèvement de son pays.

Malgré toutes les difficultés qu'il rencontre, il dit que c'est toujours mieux de vivre dans son pays natal. Et, se tenant près des ornières de la route poussiéreuse dans un village du Katanga, Saïdi Kashindi a un plan clair en tête.

© HCR/J.Hesemann
Des réfugiés angolais attendent de rentrer chez eux depuis la ville de Kisenge dans le sud de la RDC.

« Je voudrais aller à l'université », dit-il. « Je voudrais devenir ingénieur et construire des ponts et des routes. Je veux aider mon pays. »

Par Kitty McKinsey

• FAITES UN DON •

 

• COMMENT NOUS AIDER • • RESTEZ INFORMÉS •

Crise de la RD du Congo : Appel Urgent

L'intensité des combats de ces derniers mois a forcé plus de 64 000 Congolais à fuir leur pays.

Donnez pour cette crise

Les Congolais en Ouganda : de la fuite en exil au camp de réfugiés

Après trois années de paix relative, des violences ont à nouveau éclaté en République démocratique du Congo, dans la province du Nord-Kivu en avril 2012, ce qui a généré de nouveaux déplacements de population. Les combats dans le territoire de Rutshuru au Nord-Kivu entre les forces gouvernementales et les combattants rebelles du mouvement M23 ont poussé des dizaines de milliers de civils congolais à chercher refuge de l'autre côté de la frontière en Ouganda, principalement dans le district de Kisoro. Beaucoup ont rejoint l'installation de Rwamwanja grâce aux convois organisés par le HCR. Ce site a été ouvert en avril dernier pour gérer l'afflux des réfugiés. À la fin 2012, il accueillait plus de 30 000 réfugiés. Chaque famille réfugiée se voit attribuer un carré de terrain pour y construire une maison et faire des plantations, afin d'encourager l'autosuffisance. Le HCR veut améliorer d'urgence les infrastructures de ce site et recherche des fonds supplémentaires.

Cette galerie de photos présente la vie à Rwamwanja d'une famille dirigée par Harerimana, âgé de 52 ans. La famille vivait à Bitwo, au Rutshuru. Elle s'est enfuie quand le village a été attaqué en juin dernier. Harerimana a été séparé de sa famille et il a passé cinq jours tout seul sur la route, avant de retrouver sa famille dans la forêt. Après deux semaines, ils ont traversé la frontière vers l'Ouganda et ils ont rejoint le centre de transit de Nyakabande. Ils se sont ensuite enregistrés pour être transférés vers Rwamwanja, où la famille élargie vit désormais sur deux parcelles de terrain.

Les Congolais en Ouganda : de la fuite en exil au camp de réfugiés

Trouver une occupation dans le camp de Kibiza au Rwanda

Le camp de Kibiza a été ouvert en décembre 1996, après le début de la guerre en République démocratique du Congo voisine. Cette installation avait alors été construite pour faire face à l'afflux de dizaine de milliers de réfugiés congolais. La plupart des réfugiés sont entre temps rentrés chez eux dans l'est de la RDC sauf environ 16 000 d'entre eux qui sont restés dans ce camp isolé, situé sur une colline à l'ouest du Rwanda. L'éruption de violence, l'année dernière dans la province du Nord-Kivu en RDC, n'a pas affecté ce camp car les nouveaux arrivants ont été installés au camp de Kigémé qui a été rouvert au sud du Rwanda. La plupart des réfugiés de Kiziba ont déclaré ne pas vouloir rentrer mais les perspectives d'intégration locale sont limitées en raison du manque de terrains et des possibilités limitées en matière d'emploi. Pendant ce temps, les résidents de ce camp font leur possible pour mener une vie normale, suivent des formations et tiennent de petits commerces afin de devenir autosuffisants. Pour les jeunes, pouvoir faire du sport et recevoir une éducation est très important pour assurer qu'ils ne soient pas attirés par des influences négatives ainsi que pour maintenir leur moral et leur confiance en l'avenir.

Trouver une occupation dans le camp de Kibiza au Rwanda

Nyakabande : Un havre de paix en Ouganda après avoir fui le conflit au Nord-Kivu

Le centre de transit de Nyakabande au sud de l'Ouganda a été rouvert par le HCR et les autorités ougandaises en février 2012 pour faire face au nombre croissant de civils congolais qui traversent la frontière pour échapper à l'anarchie généralisée dans la province du Nord-Kivu en République démocratique du Congo (RDC). Initialement prévu pour accueillir 500 personnes, le centre de transit a été submergé par des vagues d'arrivants fuyant la violence sévissant depuis avril entre les forces gouvernementales de la RDC et les combattants rebelles du mouvement M23. Le HCR a contribué à élargir la capacité d'accueil jusqu'à 11 000 personnes ainsi qu'à organiser le transport à partir de la frontière, mais l'afflux a porté une forte pression sur les installations. Le centre a enregistré et aidé plus de 51 000 personnes depuis janvier. La plupart d'entre elles sont originaires du Nord-Kivu. Au pic de l'afflux, en juillet dernier, le centre de transit accueillait plus de 10 000 réfugiés. Pour décongestionner le centre, le HCR a assuré le transport de plus de 30 000 Congolais vers l'installation de réfugiés de Rwamwanja, à environ 350 kilomètres au nord de Nyakabande. Pour beaucoup de ceux qui fuient l'est de la RDC, Nyakabande était une lueur d'espoir et un havre de paix après avoir fui le conflit déchirant leur région d'origine. Les derniers combats au Nord-Kivu en novembre n'ont pas eu beaucoup d'impact, mais des personnes continuent à arriver chaque jour.

Nyakabande : Un havre de paix en Ouganda après avoir fui le conflit au Nord-Kivu

RDC : retour à KimokaPlay video

RDC : retour à Kimoka

En 2007 et 2008, les conflits armés avaient contraint des centaines de milliers de Congolais à fuir la province du Nord-Kivu. Les habitants du village de Kimoka sont enfin de retour chez eux.
RDC : Au bord du gouffrePlay video

RDC : Au bord du gouffre

Fatuma Kapuweli, une mère chef de famille et déplacée interne en RDC, craint pour la sécurité et le bien-être de ses enfants.