Du désert jordanien à l'hiver suédois - le parcours d'une famille de réfugiés

Articles d'actualité, 7 juin 2005

© HCR/R.Vilkenas
Légende : Yaseen, Rana et leurs enfants profitent de leur premier hiver à Kristianstad, en Suède.

KRISTIANSTAD, Suède, 7 juin (UNHCR) Il y a six mois, la vie de Yaseen et de sa famille a soudain pris un virage inattendu : après plusieurs années passées dans des camps pour réfugiés, sans aucune idée de leur avenir, Yaseen, sa femme Rana et leurs deux enfants ont été réinstallés en Suède. La transition entre le désert jordanien et l'hiver suédois n'a pas duré 24 heures. Yaseen le reconnaît : « Nous avons eu de la chance ».

Yaseen, un Kurde iranien de trente ans, était encore un enfant lorsque ses parents ont fui l'Iran. Il est arrivé au camp irakien d'Al Tash, où il a passé la plus grande partie de sa vie : il ne se souvient pas bien de son pays d'origine. Il a vécu dans ce camp irakien pendant presque 20 ans. En 2003, il a été témoin de la guerre, qui a compromis la sécurité et a rendu plus difficile l'approvisionnement du camp en denrées de première nécessité. Yaseen et Rana ont donc dû fuir à nouveau, comme de nombreux autres réfugiés, cette fois vers la Jordanie. Ils se sont retrouvés coincés dans le no man's land séparant l'Irak et la Jordanie avec environ 1 000 autres réfugiés. Aucune solution ne semblait pouvoir être apportée à leurs souffrances. Ils vivaient dans une région reculée du désert, subissant des températures torrides pendant la journée, et glaciales la nuit.

Mais la roue de la chance a tourné. Le 24 novembre 2004, après près de deux années dans le no man's land, ils sont arrivés dans la petite ville de Kristianstad, dans le sud de la Suède. A présent, après six mois sur place, ils mènent une vie normale. Ils ont leur propre appartement de trois chambres et les enfants vont à l'école maternelle. Ils payent leurs factures et ont un revenu, comme la plupart des familles suédoises.

Cependant, comparés aux Suédois d'origine, ils ont un lourd passé à porter : chaque jour, ils doivent essayer de s'intégrer un peu plus dans la société. Ces derniers mois ont été une période d'ajustement, de combat et de malentendus. Malgré tout, ils ont vécu aussi des victoires, du bonheur et du soulagement. Ils trouvent qu'ils ont beaucoup de chance et peuvent enfin envisager le futur avec optimisme.

« Après quelques semaines, ma fille m'a demandé quand nous allions rentrer au camp pour voir nos amis. Je me suis énervé et je lui ai demandé si elle n'était pas heureuse de vivre sous un toit, avec de la nourriture sur la table et un lit dans lequel dormir. Et elle l'était », explique Yaseen. Il admet qu'il pense aussi au camp, que ses amis et ses parents, qui y sont restés, lui manquent. « Je pense beaucoup à mon frère qui est resté dans le no man's land : je me demande ce qui va lui arriver. J'espère qu'il aura aussi de la chance et qu'il pourra venir en Suède ou dans un autre pays, qu'il aura un nouveau départ. »

(A la fin du mois de mai 2005, les 743 personnes se trouvant toujours dans le no man's land ont été transférées vers le camp de Ruweished, à 60 km à l'intérieur de la Jordanie.)

Artiste autodidacte, Yaseen observe le monde. « Parfois, lorsque je me promène à pied en ville, je pense à quel point le monde peut sembler différent. Il y a plusieurs mondes, plusieurs époques. Dans un sens, je fais partie des deux. Ici, je marche entre de hauts buildings et je vis au milieu d'une technologie de pointe. Mais en même temps, mon esprit est habitué à la vie au camp, qui, comparée à ceci, représente un retour en arrière d'un siècle. »

Il ajoute : « Je rêve qu'un jour je pourrai gagner ma vie grâce à mon art. » C'est un rêve qu'il entretient depuis de nombreuses années. Mais pour le réaliser, Yaseen doit d'abord apprendre le suédois. « C'est ma priorité pour le moment. Connaître le suédois sera ma clé vers le succès. »

Yaseen suit des cours de suédois tous les matins et participe à un atelier de conversation l'après-midi. « La prochaine fois que je vous rencontrerai, je vous parlerai en suédois », dit-il avec un sourire. Il a déjà beaucoup appris. Il pense que sa connaissance de l'anglais l'a beaucoup aidé à apprendre le suédois. Il y a une autre explication : sa détermination, son travail acharné et le fait qu'il ait compris à quel point connaître la langue locale est important.

Yaseen nous montre quelques lettres qu'il a conservées dans un sac. Il cherche un papier prouvant ses revenus et ceux de sa femme pour les trois derniers mois. Il finit par les trouver : il en aura besoin pour demander une allocation supplémentaire pour payer les frais de dentiste. Remplir des formulaires, aller voir les autorités et payer les factures constituent les formalités que la famille doit apprendre pour être indépendante. La nièce de Rana, qui vit en Suède depuis 10 ans, est d'une aide formidable. Une autre personne peut aussi les aider à traduire une lettre ou prendre un rendez-vous : le professeur de suédois de Yaseen. Ils ne savent pas comment ils auraient pu se débrouiller sans elle, dans les mois qui ont suivi leur arrivée.

Entre-temps, Rana termine son cours d'intégration, qui la familiarise avec les structures de base et les mœurs suédoises. Pour cela, elle reçoit une allocation de fréquentation des cours, équivalente à un salaire, et qui dépend donc de sa présence au cours. Néanmoins, avant de pouvoir commencer ce cours, Rana a dû attendre que les enfants soient scolarisés dans une école maternelle. Maintenant, elle peut les y laisser tous les jours. « Ils s'y plaisent et je fais confiance aux enseignants : je suis sûre qu'ils prennent bien soin de mes enfants. » Pour l'instant, ni Rana ni ses enfants ne peuvent discuter avec le personnel de l'école, mais elle espère pouvoir le faire bientôt.

Ils veulent aider leurs enfants à s'intégrer à la société, à être capables de participer à toutes les activités que la municipalité organise, comme des cours de natation, des excursions d'un jour dans la région et des cours de langue. Grâce au cours d'intégration, Yaseen et Rana ont été mis au courant de l'existence de ces activités, mais, jusqu'à présent, leurs enfants n'ont pas pu y participer.

Cependant, Rana est persuadée que ces difficultés s'estomperont et que la famille pourra rapidement s'intégrer dans la société suédoise.

Par Regina Vilkenas, UNHCR à Stockholm

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