Journée mondiale de l'environnement : Réhabilitation de l'environnement au Bas-Congo après le départ des réfugiés angolais

Articles d'actualité, 3 juin 2005

© HCR/S.Lubuku
Réunion du Comité de protection de l'environnement à Nkondo pour réfléchir sur la protection des jeunes arbres contre les feux de brousse.

REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO (RDC), 3 juin 2005 Planter 60 000 arbres pour réparer les dommages naturels sur un site où ont été hébergés des dizaines de milliers de réfugiés, c'est le défi de l'UNHCR et de ses partenaires dans la province congolaise du Bas-Congo, au sud-ouest de la RDC.

Les villages Nkondo et Kilueka ont accueilli 23 000 réfugiés angolais durant 6 ans. Après l'organisation et l'assistance des rapatriements depuis 2003, quelque 3 000 réfugiés restent encore à Nkondo et Kilueka.

Chaque jour, ces villages se vident, leurs habitants partent travailler dans la brousse, pelles et houes en main, pour tracer des layons, ces sentiers où sont repiquées des jeunes plantes. « Les herbes étouffent les jeunes arbres et constituent un obstacle à leur croissance », déclare Jean Diakese, un villageois sur l'axe de Nkondo en plein travail de défrichage.

L'UNHCR s'est doté de deux pépinières dans les sites de Nkondo et de Kilueka. Plus de vingt mille plantules (jeunes pousses) ont y déjà été produites depuis le début de l'activité. Chacun des deux axes devra être planté de 30 000 arbres. Les populations ont déjà repiqué plus de dix-sept mille jeunes pousses. L'UNHCR a aussi institué des comités mixtes composés de villageois congolais et de réfugiés angolais. Ils sont chargés, avec la protection de l'environnement, de veiller sur les pépinières, de sensibiliser la population et de garantir le succès du projet.

Pour donner un coup de pouce à ce programme, les plantules sont distribuées gratuitement aux populations, qui ont eu la possibilité d'en choisir les espèces : des arbres fruitiers. « Ces plantules constituent une richesse mise à notre disposition », a déclaré Joseph Kinzunga, le chef du village Ndembo, sur l'axe de Kuilueka. « Au-delà de la consommation et de la vente, nous pensons aussi à la transformation des fruits en jus. »

La première espèce utilisée dans le cadre du reboisement a été l'acacia, cette plante pouvant s'adapter à tous les sols. Néanmoins, les arbres fruitiers sont maintenant majoritaires dans les pépinières. On y trouve des agrumes, orangers et mandariniers principalement, des avocatiers et des safutiers dont les fruits grillés sont utilisés pour accompagner certains mets.

D'autres espèces sont cultivées, de façon expérimentale, pour leurs vertus. Les feuilles de kikalasa sont comestibles, le reste de la plante est utile pour l'enrichissement et la fertilisation du sol. La moringa est un arbre aux vertus multiples.

« Tous les éléments de la moringa sont importants », explique Charles Muanda, agronome de Oxfam, l'un des partenaires de l'UNHCR. « Les feuilles sont comestibles et peuvent être utilisées pour le traitement de certaines maladies. Ses écorces et racines servent à la fabrication de médicaments notamment contre la diarrhée, la tension artérielle, l'hépatite. Ce n'est pas tout. Les fruits de la moringa permettent aussi la fabrication d'huile. Enfin, ses tourteaux (résidus de graine dont on a extrait l'huile) permettent la purification de l'eau. »

Il faudra encore trois, quatre ou même cinq années de travail et d'attente pour que les arbres commencent à produire des fruits. Ceux-ci seront destinés à la consommation mais aussi à la vente sur le marché. Les communautés locales et réfugiées sont conscientes de la portée de leur travail d'aujourd'hui pour le futur.

Au-delà de l'intérêt strictement alimentaire, les arbres comptent pour l'environnement et la vie. Ils contribuent au renouvellement de l'air que nous respirons. Un programme de reboisement permet aussi de lutter contre l'érosion, par exemple celle qui commence à côté de Nkondo.

En ce début de saison sèche, les efforts fournis par l'UNHCR et ses partenaires ainsi que les communautés locales et réfugiées sont menacés par les feux de campagne. Heureusement les autorités provinciales, qui défendent aussi ce programme, diffusent quotidiennement des messages sur une radio locale pour appeler à la vigilance et menacer les éventuels incendiaires.

Le bétail peut aussi anéantir les efforts pour le reboisement. Un appel a été lancé aux éleveurs pour encadrer leurs animaux et ainsi protéger les jeunes arbres nouvellement plantés.

Ces risques n'entament pas la détermination des populations bénéficiaires. « Après notre rapatriement, les communautés locales se souviendront de nous, grâce aux arbres que nous plantons aujourd'hui », dit Edouardo Matota, président de la communauté angolaise de Kilueka. Le chef du village de Ndembo, Joseph Kinzunga, ajoute : « Nous nous alimentons aujourd'hui grâce à ce que la nature nous apporte et nous travaillons à renouveler cette ressource pour les futures générations. »

Par Simon Lubuku à Kimpese

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