La réduction de l'aide du HCR condamne un réfugié burundais à réussir son entreprise de tailleur

Articles d'actualité, 12 octobre 2006

© HCR/P.Rulashe
François Niziuingimana, un réfugié du Burundi vivant au Swaziland, est tailleur et son commerce est florissant. L'UNHCR encourage le petit nombre de réfugiés encore présents à devenir autosuffisants.

SITEKI, Swaziland, 12 octobre (UNHCR) François Niziuingimana a bien sûr regretté la réduction de l'assistance fournie par l'agence des Nations Unies pour les réfugiés. Cela a toutefois aidé ce réfugié du Burundi à devenir un membre populaire et économiquement indépendant de la communauté du petit royaume montagneux du Swaziland.

L'assistance peut en effet être une arme à double tranchant. L'UNHCR en est parfaitement conscient parfois elle est nécessaire, mais le risque de créer une dépendance existe. L'agence est en train d'aborder les étapes finales de son désengagement au Swaziland ; le programme va être transféré entièrement au Gouvernement swazi et le processus d'intégration locale accéléré.

François Niziuingimana est bien connu à Siteki, une ville rurale du Swaziland. Ce réfugié burundais est le couturier à la mode, et les vêtements exposés dans sa petite boutique témoignent de sa capacité d'entreprendre. La file de clients est là pour attester qu'il est très occupé. Les bons mois, il gagne plus de 2 000 rand (environ 260 dollars).

François Niziuingimana s'est présenté aux autorités de Siteki pour s'enregistrer à nouveau comme réfugié une procédure qui concerne ce mois-ci tous les réfugiés, pour déterminer exactement combien d'entre eux se trouvent toujours au Swaziland.

« La procédure de vérification des réfugiés et des demandeurs d'asile permet une meilleure planification et la fourniture de meilleurs services », explique Reggie Magagula, coordinatrice de projet pour Caritas, le partenaire local qui met en œuvre les programmes de l'UNHCR au Swaziland. « A la fin de cette opération, nous espérons connaître le nombre exact de réfugiés, ce qui va nous permettre de préparer et budgéter des programmes plus durables et plus adaptés. »

Mais tout bouleversement comporte une part d'incertitude. Même si son commerce marche bien et s'il est autonome, Niziuingimana se méfie du changement. Il a peur pour son avenir en tant que réfugié et se sent abandonné par l'UNHCR. « Depuis que je suis arrivé ici comme réfugié, je n'ai fait qu'assister à des réductions dans l'assistance aux réfugiés . »

François est arrivé au Swaziland en 1994, alors que l'UNHCR commençait à réduire ses activités à cause de la chute du nombre des réfugiés. Les réfugiés provenant de l'Afrique du Sud avaient pu rentrer grâce à la fin de l'apartheid et la fin de la guerre civile au Mozambique avait ouvert la voie au rapatriement du groupe de réfugiés le plus nombreux au Swaziland. Depuis la fermeture du bureau local au Swaziland en 2001, l'UNHCR a supervisé les opérations depuis son bureau de Pretoria.

Relativement peu de réfugiés sont restés, quelques dizaines d'entre eux vivent dans le camp de réfugiés de Malindza, l'un des deux camps dans le pays. Un grand nombre de ceux qui sont arrivés ces dernières années est sans doute parti en Afrique du sud, attiré par une meilleure situation économique. Le nombre des personnes relevant de la compétence de l'UNHCR sera déterminé à la fin du mois.

Les efforts fournis pour que les réfugiés subviennent à leurs besoins, sans dépendre de l'UNHCR, ont commencé il y a 10 ans. Fin 1996, l'UNHCR a lancé l'Initiative d'autosuffisance de Malindza, qui encourageait les réfugiés à être autonomes via des activités agricoles et de transformation alimentaire dans la zone de Malindza.

François Niziuingimana, qui réside à Malindza depuis son arrivée en 1994 alors qu'il était lycéen, se lamente d'être venu alors que l'UNHCR commençait la suppression progressive de l'assistance et arrêtait la gestion des camps. Il a eu le sentiment d'être privé de ce qu'il aurait dû recevoir et d'avoir été forcé à subvenir à ses besoins, alors qu'il craignait de ne pas y parvenir.

L'équipe de l'UNHCR au Swaziland a recherché des alternatives pour les réfugiés qui ne voulaient pas cultiver. Certains, originaires de la région des Grands Lacs, ont été embauchés comme professeurs de français par la Commission d'éducation du Swaziland. « D'autres, comme François Niziuingimana, ont bifurqué vers la création de petites entreprises après avoir compris que les phases d'urgence et d'assistance aux réfugiés allaient se terminer définitivement », a indiqué Reggie Magagula.

François Niziuingimana reconnait à contrecœur que la fin de l'assistance l'a poussé à son niveau d'autosuffisance actuel. « J'ai toujours eu une passion pour le dessin et la création alors j'ai trouvé un emploi en tant qu'apprenti chez un tailleur il y a plusieurs années pour m'orienter vers la mode », a-t-il expliqué. Il a gagné suffisamment d'argent pour acheter trois machines à coudre ; il est sur la bonne voie pour établir une entreprise prospère.

Reggie Magagula considère le réenregistrement, qui va permettre d'obtenir un profil détaillé de la population réfugiée, comme une étape supplémentaire vers l'autosuffisance. C'est la continuation des efforts commencés dans les années 90, en rendant compatibles les compétences et les ressources des réfugiés avec les opportunités de devenir des membres actifs et indépendants de la société du Swaziland.

« J'admire son initiative et celle d'autres réfugiés car je ne vois pas le Swaziland revenir à la distribution de nourriture comme auparavant. Les réfugiés ne devraient pas se désespérer parce que des changements sont en cours ; les changements sont inévitables et peuvent être une bonne opportunité », a dit Reggie Magagula.

« En 10 ans de travail au service des réfugiés, j'ai été témoin de la progression depuis la dépendance alimentaire vers une étape où les réfugiés, comme François Niziuingimana, peuvent employer des Swazis et le font. Le changement n'est jamais facile, mais en terme d'objectif visant à l'autosuffisance, je peux dire en toute tranquillité que les réfugiés sont généralement vraiment sur la voie de l'indépendance économique au Swaziland. »

Par Pumla Rulashe à Siteki, Swaziland

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